CHAPITRE TREIZIÈME
d*une mère grecque» et fit ses études à Padoue sous la direction de Casarotti. Q se lia ensuite à Florence avec Alfieri, et le suivit dans la carrière tragique; il n'avait que vingt ans quand il composa son ThyesU, fort applaudi à Venise, et qui dénote une certaine vigueur dramatique. Cette pièce, avec Ajax et Rkeiarda, forme tout son répertoire dramatique, car il ne s'arrêta pas longtemps à un genre où il pouvait espérer des succès. Une passion malheureuse, jointe au spectacle des tristesses de sa patrie, avait creusé dans son âme un profond sillon de douleur et de misanthropie. C'était du reste une maladie assez commune ^lors, puisqu'elle produisit presque en même temps le Werther de Goethe et le RenéAe Chateaubriand. En écrivant son Jacopo Ortis, Foscolo suivait lé même courant de sombre mélancolie, qui pousse son héros à un suicide de désespoir. Œuvre maladive et dangereuse, comme toutes celles qui lui ressemblent, Jacopo Ortit n'a pas pour lui, comme les autres, l'excuse d'être une inspiration de génie ; il fatigue par la déclamation et l'emphase; il rebute par la manie des exclamations continuelles, où se noie la sensibilité ainsi que l'ardeur des convictions patriotiques ; le style même est incohérent et faible, et le succès du livre a toujours été en s'aflaiblissant. Foscolo ne s'est montré vraiment poète que dans son petit poème des Tombeaux [% Sepolcri)^ sorte d'élégie démocratique qui tient du poème lyrique et de la satire ; il y a là des beautés éclatantes, des sentiments nobles et chaleureux, de sublimes pensées revêtues d'un style énergique et concis. Il y fait l'éloge de Parini, son maître, en traits éloquents dont l'émotion est communicative. Républicain par principes, Foscolo ne savait trop s'il devait voir en Napoléon le libérateur ou l'oppresseur de sa patrie. Après le traité de Campo-Formio,
qui livrait Venise à rAutriche, il prit place dans les armées françaises, servit sous Masséna dans Gènes, et fut nommé professeur d'éloquence à Pavie ; mais il ne put se plier, comme Monti, à louer Napoléon, et sa parole trop indépendante amena la suppression de son cours. La chute de l'Empire le rattacha un moment à la domination autrichienne, dont il accepta les avances et les faveurs; mais il comprit qu'il entrait dans une fausse voie, qui ne pouvait cadrer avec ses opinions libérales, et il se retira en Angleterre, où il publia, dans la Reime d'ÉtUmbowrg, un travail remarquable sur le génie de Dante. Ses goûts fastueux et une conduite désordonnée le conduisirent à la prison pour dettes : c'est là qu'il finit ses jours.
Au moment où l'école romantique avait la haute main sur la littérature, parut (1835) un long poëme en quarantehuit chants par Pietro Bagnoli, YOrlando savio, qui n*est autre chose que la continuation du Roland furieux de l'Arioste. Fidèle aux traditions classiques, ce poëte parut suranné à ses contemporains, et n'obtint pas le succès que méritait son œuvre. Elle n'en est pas moins remarquable par la composition et le style, et le talent descriptif y est porté à un haut degré. Son autre poème Cadmui a encore plus d'éclat et de profondeur ; il y avait beaucoup de remplis^ge inutile que l'on a supprimé dans les éditions modernes ; réduit de vingt chants à onze, le Cadmo est devenu comme le « poème de la civilisation », et certains passages rappellent la haute inspiration de Dante ; le goût en est pur, le style d'une remarquable souplesse, et sous l'emploi un peu usé de la mythologie antique se révèle la pensée moderne légèrement voilée par l'allégorie. Dans ses Canxoni, Bagnoli élève parfois la pensée chrétienne jusqu'aux pures régions de l'idéal.