CHAPITRE TREIZIÈME
La poésie bérol-comique a produit un digne successeur de Tassoni dans Salvadore Yiale, né en Corse (1787), et auteur d'une débauche d'esprit fort ingénieuse qui a pour titre la Dionomachia. Il s'agit cette fois, non pas d*un teau enlevé, mais d'un &ne mort, dont le cadavre produit une guerre comique entre les habitants des deux bourgades de Lncciana et de BorgQ : chacun des deux partis veut rejeter sur le territoire de l'autre la dépouille mortelle du pauvre animal , considérée comme une souillure. Les Italiens se plaisent à ce genre de plaisanterie un peu burlesque, où le goût reçoit bien quelque atteinte, mais qui a toujours pour effet de réveiller leur joyeuse humeur.
Angelo d'Elci s'est fait un nom dans la satire et l'épigramme, en suivant de près Juvénal et Martial ; si l'invention lui manque trop souvent pour être classé parmi les auteurs originaux, il n'en a pas moins un mérite personnel par des traits bien appliqués et l'énergique concision du style.
Alfieri, par un puissant effort de talent et de volonté, avait régénéré la scène tragique ; mais la comédie était restéf^ en arrière, et depuis Goldoui elle était en pleine décadence, lorsqu'elle fut ravivée par un Romain d'origine française, le comte Jean de Giraud (1776-1834). Il n'avait pas, sans doute, le talent d'un chef d^école, et la haute comédie n'était point son fait ; s'il a été disciple de Molière, c'est dans les esquisses de mœurs et les scènes bouffonnes plutôt que dans les peintures de caractères. Il n'en est pas moins un écrivain amusant et fécond, habile à exploiter certaines situations comiques, à provoquer les surprises et à exciter une vive gaieté. Son genre le rapproche de Scribe, qui le sui*passe de beaucoup néanmoins par Tententc de sa scène et Thabileté de l'intrigue. Ses m. 44
pièces ont eu un grand succès : on doit citer parliculièrcment YAjo mlF imiarraxxo, qui fut joué à Paris avec succès sous ce titre : le Professeur dans rembarras; Dan JDeMerio, la Caprkeiosa confusa, la Qmenaxione al bujo, etc.
Nous avons signalé la décadence profonde du goût et du langage qui avait atteint l'Italie à la fin du dixiuitième siècle; il importe de montrer Fheureuse réaction qui se produisit au commencement du dix-neuvième, particulièrement dans la prose, et les efforts de plusieurs écrivains pour ramener la langue aux véritables sources du style, en le dégageant de l'alliage étranger. Il faut nommer d'abord l'excellent abbé Gesari (1760-1828), qui présida à la refonte du Dictionnaire de la Crusca; il précéda avec honneur le travail plus complet sur cette matière de son disciple Manuzzi. Gesari composa encore, sous forme de dialogue, un petit traité intitulé fc Grazie, discussion agréable et savante sur l'art de bien dire, sur le style et les quaUtés nécessaires à un bon écrivain, n s'y mêle bien un peu de pédantisme et de prétention archaïque, mais ce petit ouvrage a eu sa vogue utile et durable.
La prose italienne dut aussi beaucoup à un écrivain d'un talent plus ferme et plus mûr, Pietro Giordani, dont les Éloges sont des modèles de composition et de style. Le plus important est celui qu'il fit à l'Académie delà Grusca, en 1807, enThonneur de Napoléon. L'empereur était alors à l'apogée de sa gloire, et n'avait pas encore gUssé sur la pente de cette ambition démesurée qui devait amener sa perte ; le patriotisme italien pouvait alors espérer de lui quelque chose pour ses destinées futures. Giordani, dans son panégyrique, laissait percer discrètement quelquesunes de ces espérances ; U fut récompensé par le pouvoir et devint prosecrétaire de l'Académie des beaux-arts à