‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 113 sur 300 · CHAPITRE QUATORZIÈME. 2U · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME. 2U

^ur imiter et traduire les écrivains de TAngleterre, de 'Allemagne et de la France : romantiques et classiques exagéraient dans la lutte la cause qu'ils voulaient soutenir. Tandis qu'en Lombardie le journal bleu intitulé le Conei- UaUar repoussait toute conciliation sous la plume de Manzoni, de Yisconti, de Siivio Pellico, deux autres reciieilS) la Biblioteca de Milan et YArcadico de Rome, soutenaient à outrance l'immobilité classique. Mais, à Florence, Y Anthologie, rédigée par Zannoni, Niccolini, Giordani, Tommaseo, prenait un parti plus modéré, celui d'un progrès raisonnable, sans exclusion du passé, ni des aspirations vers l'avenir. Au fond, le dissentiment n'était pas aussi complet qu'il le paraissait par l'ardeur de la polémique : chaque parti se rattachait aux grands modèles, Dante, Pétrarque, l'Arioste et le Tasse. On reconnaissait de part et d*autre la nécessité des règles ; il y avait là les bases d'une conciliation qui ne pouvait manquer de se produire; c'était une question de tempérament et de mesure, et la raison, souveraine maltresse, devait triompher des écarts de l'imagination. Un instinct naturel, appuyé sur le bon goût, fit sentir à Monti, à Foscolo, à Leopardi, comment lis devaient et pouvaient concilier dans leurs œuvres ces éléments contradictoires.

Alexandre Manzoni (1784-1872) fut le chef reconnu de l'école romantique. Il naquit à Milan ; sa mère était fille du célèbre Beccaria; elle vint avec lui à Paris en 1805, et Manzoni fut mis en relation, dans le salon de madame de Gondorcet, avec la Société (TAuteuil, qui représentait les derniers débris des philosophes du dix-huitième siècle, avec Garât, Cabanis, Destutt-Tracy, etc. Il se lia particulièrement avec Fauriel qui, presque seul, dans cette réunion d'incrédules, restait attaché au spiritualisme. Sa foi

religieuse, un moment â)ranlée, sortit victorieuse de la lutte, et ne fit que s'affermir avec les années.

Le talent poétique de Manzoni se révéla à Fltaliepar ses Hymnet (Inni Sacri), d'une inspiration aussi pure que chaleureuse ; il chantait la NativUé, la PassUm, la RésumeiwH, le Nom de Mark, et partout éclatait la vigueur de l'imagination qui produit les hautes pensées et les revêt de brilbntes images. Manzoni marquait sa place dès le début parmi les princes de la lyre. Cependant ces hymnes pro^ duisirent peut-être moins d'effet en Italie que le chant sublime inspiré par la mort de Napoléon, et qui a pour titre le Cinq Mai [il Cinque Maggio)^ comme la pièce de Béranger sur le même sujet. Pourtant ce n'est pas avec Béranger qu'il faut comparer le poète italien, mais bien avec Lamartine dans son Bonaparte, qui fut composé la même année (1821). Or, la ressemblance entre les deux morceaux lyriques est tellement frappante, que la critique a déjà agité la question de savoir si l'un n'était pas un écho de l'autre. Un ami intime de Manzoni, M. Broglio, raconte que le poète écrivit son ode en deux jours, sous l'impression de la nouvelle qui venait de se répandre de la mort de l'Empereur, et que son émotion poétique lui causa une sorte de fièvre, comme s'il eût été sur le trépied antique. L'ode, présentée à la censure, ne put être imprimée, tant le nom de Napoléon inspirait de terreur à la domination autrichienne ; mais elle se répandit manuscrite dans toute la société milanaise. La priorité de Tœuvre semble donc appartenir à Manzoni, car Lamartine, de son propre aveu, écrivit sa belle MéditaHon « peu de mois après qu'on eut appris en France la mort de Bonaparte à Sainte- Hélène » ; il a donc pu avoir connaissance de Toeuvre de Manzoni, et s'en assimiler quelques pensées, sans se croire

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