‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 114 sur 300 · CHAPITRE QUATORZIÈME. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME. S

pour cela plagiaire. Pour quiconque examine de près les deux morceaux, la conformité d'idées et même d'expressions qu'on 7 rencontre dans plusieurs strophes ne peut être absolument fortuite. Seulement l'œuvre de Manzoni est plus concise, plus nerveuse, tandis que Lamartine, selon son habitude, délaye davantage ses pensées ; de plus, le poète italien s'élève davantage par l'idée chrétienne et en tire mie plus haute moralité.

Une autre ode de Manzoni, Marxo 1821, dont l'inspiration est toute patriotique, offre des beautés non moins grandes; c'est un appel éloquent à l'indépendance italienne, à la délivrance du joug étranger, et elle est dédiée à la mémoire de Kœrner, l'illustre barde allemand. Cette pièce ne put naturellement être publiée en pays autrichien, et elle resta vingt-sept ans inédite : les espérances italiennes, dont le poète se faisait l'interprète, devaieut sommeiller longtemps encore^ avant de devenir une réaUté.

c Chère Italie, disait le poéte^ partout où se propage le cri de douleur de ton peuple toujours esclave; partout où l'humanité est restée digne d'elle-même et confiante dans l'avenir; partout où la liberté fleurit, où les grandes infortunes excitent d'ardentes sympathies, il n'est pas un cœur qui ne batte pour toi. »

Cette noble inspiration lyrique, qui forme le côté le plus élevé du génie de Manzoni, nous la retrouvons, tout aussi brillante, dans les chœurs dont sont ornés ses deux drames romantiques, Carmagnola et AddekL, qui sont taillés sur les modèles de l'école allemande. Le premier offre plus d'un rapport avec le Gœtx de Berlickttigen ; il fut assez malmené parla critique française, et Manzoni crut devoir se défendre en écrivant, en français, une lettre à son ami Fauriel ; il y

discute, avec talent et convenance, la question des unités de temps et de lieu, et il ne manque ni de bonnes raisons, ni de vues ingénieuses; mais, pour prouver le mouvement, il aurait mieux fait de marcher. Ses deux pièces ne recommandent pas beaucoup sa théorie; Faction en est lente, Tintrigue nulle ; elles conviennent mieux à la lecture qu*à la scène; leur mérite principal, c*est un cachet de simplicité, d'élévation morale, et surtout de nationalité, qui en a fait le succès au delà des monts. En cherchant à réformer le théâtre, Manzoni, chrétien fidèle et convaincu, voulait le réconcilier avec l'Église, en lui donnant un caractère de pureté morale dont il n'est que trop porté à s'écarter. Sous ce rapport, il a parfaitement réussi, mais il a eu peu d'imitateurs.

Malgré le mérite émanent de ses œuvres lyriques et dramatiques, la renommée de Manzoni ne fût point devenue populaire au dehors sans son célèbre roman Us Fiancés (t Promessi Sposi), qui obtint l'admiration de Walter Scott, bon juge en pareille matière, et juge d'autant moins suspect qu'il pouvait se croire sui*passé. C'est un roman historique comme ceux du célèbre écrivain écossais, mais ce roman est le tableau vivant d'une époque, et l'histoire romanesque qui lui sert de cadre, très-mince en ellemême, n'a pour but que de faire ressortir les caractères, les mœurs, les idées, les passions, le langage du temps où se passe l'action. Jamais roman ne remplit mieux les conditions du genre; jamais fiction ne fut plus près de la réalité. C'est d'un tel ouvrage qu'on peut dire qu'il est plus vrai que l'histoire, car, mieux que l'histoire, il peint l'homme en général et les hommes en particulier. Dans ce roman, Manzoni est simple et vrai, pathétique et varié; il a des tableaux charmants, des scènes dramatiques, des

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