‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 115 sur 300 · CHAPITRE QUATORZIÈME. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME. S

peintures émouvantes, d'admirables descriptions qui ne fatiguent jamais par la longueur; rien de plus douloureusement attachant que la peste de Milan avec ses navrants détails. Si quelque chose donne prise à la critique, c'est une action un peu lente, entrecoupée d'épisodes trop prolongés, particulièrement celui de la Monaca di Monxa; mais ces taches légères disparaissent dans le charme et l'intérêt de l'ensemble, qui enlève tous les suffrages.

Manzoni est considéré en Italie comme le chef des coUh rùtes : on nomme ainsi l'école littéraire qui vise à l'éclat du style par l'image et la couleur, tandis qu'on appelle fwmutes les écrivains qui, comme Leopardi et d'autres, s'attachent davantage à la pureté classique de la forme, à la beauté du langage : les premiers sacrifient plus à l'imagination, tandis que les autres préfèrent la raison comme guide.

A cftté du poète chrétien, du doux et harmonieux Manzoni, vient se placer par constraste le comte Giacomo Leopardi (1798-1837], une de ces ftmes blessées, malheureuses, qui s'affaissent dans l'abîme de la négation et se réfugient dans le désespoir. Une difformité physique autant que la douleur morale avait porté le trouble dans sa vie, et le scepticisme absolu où il se réfugia n'était pas fait pour lui rendre le calme. Ses poésies lyriques, remarquables par l'élan de la pensée, une forme savante et pure, une énergique sobriété, portent l'empreinte de ces souffrances intimes, de cette amertume ironique par laquelle il semblait braver le sort. Ce sentiment de tristesse profonde est même le défaut capital qu'on peut reprocher à ses vers , il y produit une monotonie fatigante dans la désolation, et il fait tort à la beauté grave et pure du style, à l'élégante simplicité de la diction. On distingue, dans son

recueil intitulé CmUi, de belles inspirations sur Vltalie, (AltllaUa), sur Dante [Sa/na il monumenio H 'DanU)^ et la note dominante vibre surtout en mAles accents dans le chant intitulé F Amour et la Mwt [Amore e Morte), qui a été imité par Sainte-Beuve.

De nombreux travaux philologiques s*ajoatatit àsa gloire de poète ; les uns roulent sur la littérature grecque» dont il se plaisait à recueillir les .fragments ignorés, les textes les moins connus (Aristide, Hermogène, Fronton, Dion Ghrysostôme) ; d'autres se rapportent à la littérature italienne : il ât une édition de Pétrarque avec un excellent commentaire. Ses Opereiiê morali, publiés d'abord dans les journaux, sont des dialogues qui rappellent ceux de Lucien et du Tasse ; sous le rapport de la langue, ce sont d'excellentes compositions, qui se placent à côté de celles de Griord'ani; mais Tironie s&tirique et le découragement donnent à sa plaisanterie une tournure amère et pénible, que ne peut effacer l'aisance et le naturel d'un style excellent. Ses Lettres sont curieuses à lire comme étude psychologique : elles sont l'expression vivante de cette maladie morale qui le précipitait vers un sombre désespoir.

Nous ne pouvons donner qu'une place bien restreinte aux écrivains de second ordre qui viennent à la suite* des maîtres de la pensée et de la langue ; pourtant , un oubli complet serait de l'injustice, lorsque leurs œuvres ont laissé d'honorables traces, et que leurs compatriotes citent encore leurs noms avec éloge. — Benedetti a fait d'assez belles odes, dont le défaut principal est d'être noyées dans un déluge de souvenirs mythologiques; mais, au commencement du siècle, le Parnasse avait encore son prestige. L'ode à tltor fie passe pour la plus belle ; celle qui chante la naissance

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