‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 117 sur 300 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

beauté des détails , soutenus par Télégance du style. Silvio n*eQt au théâtre que cette seule bonne fortune , car sa seconde pièce , Euphémie de Mesiine, ne supporte guère la critique. II participa à la rédaction du Conciliateur , jonmel libéral qui fut supprimé par TAutriche. Arrêté bientôt après comme suspect de carbonarisme , Silvio fut condamné à mort, et sa peine commuée en quinze années de careere dura dans la forteresse du Spielberg. Il fut gracié au bout de neuf ans» et vécut depuis dans une retraite profonde. Le livre des Prisons parut en 1833, et produisit une émotion universelle; l'âme si pure, si douce et si noble de Pellico se peignait tout entière dans ces pages, d*où ne s*exhalait nul sentiment d'amertume, nul ressentiment contre un gouvernement oppresseur. L'efiet n'en était que plus saisissant : le martyr était mieux vengé par sa résignation qu'il n'eût pu l'être par des paroles de haine. Quant au mérite littéraire de l'œuvre, voici le jugement qu'en a porté Gioberti dans ses Lettres : « J'ai dévoré les Prisons, de Pellico ; j'en ai été charmé et ému jusqu'aux larmes. Le style n'est pas parfaitement correct, mais il est vif, simple, naturel, plein de chaleur. C'est celui d'un homme au cœur généreux, à l'&me tendre et délicate, et dont l'imagination est gracieuse et poétique. Quel dommage que la langue d'un pareil écrivain ne soit pas plus pure, plus italienne!... » Dans ses poésies lyriques, Pellico a une gr&ce un peu molle ; il manque de caractère et d'originalité.

L'ami de Silvio Pellico, Arrivabene, fut emprisonné comme lui, parce que, disait l'accusation, c il avait eu tort de ne pas dénoncer Pellico » • Ce motif seul lui valut dix mois de prison. Quand il en sortit, il quitta l'Italie pour ne pas encourir de nouvelles disgrâces, et il écrivit

nt LITTÉRATURE ITALIENNE.

ses Mémoires d^un esnlé, récit animé, dramatique, charmant de naturel et de simplicité ; c'est Fœuvre d*un esprit sage et modéré , mûri par Tétude et Fexpérience et fortifié par le malheur.

G*est à l'école de Manzoni que se rattache Thomas Grossi (1791-1853) ; il obtint une grande popularité en écrivaM dans le dialecte milanais des poésies pleines de verve et de patriotisme, entre autres une épopée satirique et tragique, la Prinéide, dont l'effet est puissant. Ses NoHvelUi en vers sont de petits poèmes romanesques dont la conception est souvent fausse et le plan mal d^éré, mais elles frappent par la richesse des descriptions, la beauté et la variété des détails : telles sont la Fugitive, Vhric tt lâda, Hildegonde. Les mêmes défauts, avec des beautés plus saillantes encore, se rencontrent dans son grand poâme en quinze chants, les Lombards à la première croisade, dont les paysages sont ornés des plus vives couleurs, et font oublier ce qui manque aux personnages ainsi qu'à la marche de l'action, par trop confuse et invraisemblable. Son roman Marco Visconti a le tort de trop ressembler aux Fiancés de Manzoni pour la forme, la couleur et le style, et de s'en écarter beaucoup sous le rapport de l'invention et de l'exécution. Du reste, il visait moins à faire un roman qu'une étude historique, et, à ce point de vue, son œuvre a un mérite incontestable.

La poésie religieuse a bien inspiré Bertolotti, qui a tiré du récit évangélique son beau poCme du Sauveur, en douze chants. Il est d'une bonne facture et d'une saine théologie; le vers sciolto y est manié avec facilité et élégance, et de touchants épisodes ajoutent de l'intérêt aux tableaux. — C'est aussi la pensée religieuse qui domine dans le Colombo de Costa , poème consacré à célébrer la grande découverte

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