‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 12 sur 300 · CHAPITRE DEUXIÈME. îi · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME. îi

en trois jours une amende de cinq mille florins ; quarante jours après, ii était condamné comme contumace, avec quatorze autres citoyens, au supplice du feu : la peine est ainsi formulée : talU pervenient igné camburaiur sic quod moriaiur.

Ainsi exilé par ceux de son parti, Dante commença cette vie errante et douloureuse , où il apprit c combien est amer le pain de l'étranger, et combien est dur à monter et à descendre l'escalier d'autrui >. Après de vains efforts pour rentrer à Florence, nous le voyons successivement à Lucques, à Vérone, à Mantoue, à Ravenne. Le Guelfe modéré toumeau Gibelin ;iifaitdes vœux pourl'empereur Henri VIT, dont il appelle les armes sur l'Italie pour l'abaissement de la faction guelfe. Sa passion du savoir, autant que le découragement d'une vie brisée, l'attire à Paris, quoiqu'il n'aimât pas la nation qui avait porté ses armes à Florence et à Naples. Hais Paris avait un attrait puissant pour une âme éprise de la science, et qui méditait un vaste poôme, tout empreint de philosophie et de théologie ; il vint s'asseoir rue du Fouarre, sur la paille qui servait alors de siège aux étudiants, pour écouter les leçons du professeur Sigier, dont, grâce à lui, la mémoire a été sauvée de l'oubli. On raconte qu'il soutint, en présence des maîtres, une thèse théologique de quolibet, et répondit, sans s'interrompre, à quatorze questions qui lui étaient posées sur diverses matières, avec les arguments pour et contre. Il subit avec honneur les épreuves qui conféraient les grades, mais, faute d'argent, il ne put emporter ce diplôme de docteur qui était comme le couronnement de la science théologique. Cependant il senlait en lui-même une puissance supérieure à ce titre dont le privait sa misère : la poésie devait lui procurer une couronne immortelle. D'ailleurs

sa tombe à Ravenne constate devant la postérité que rien n'a manqué à sa science : c'est le premier vers de son épitaphe :

Tbeologus Dantes, nuUius dogmatis expers.

Si le malheur aigrit parfois cette grande &me dans les dures prhrations de l'exil, on sent toujours , quand ii accuse sa patrie , que son cœur est constamment tourné vers elle. Il dit y en parlant de Florence : c Je fus rejeté de son doux sein, sur lequel je naquis et fus nourri jusqu'au plus bel âge de ma vie, et dans lequel, en paix avec elle, je désire de tout mon cœur aller reposer mon Ame fatiguée et accomplir ce qui me reste de vie. Pèlerin, presque mendiant, dans presque toutes les contrées où cette langue e^t répandue, j'ai marché , montrant bien malgré moi la blessure que m'a faite la fortune , blessure que trop souvent on Impute injustement au blessé. Pai été véritablement un navire sans voile et sans gouvernail , poussé vers des ports, des golfes et des rivages différents, par ce vent desséchant qui soufQe la douloureuse pauvreté. »

Un jour il sembla que la patrie coupable et regrettée allait se rouvrir pour l'infortuné poète ; des amis avaient négocié son retour; mais c'était un pardon qu'il lui fallait obtenir par des conditions humiliantes : une sorte d'amende honorable faite à genoux devant l'église San Giovanni , et le payement d'une somme d'argent. Sa fierté se révolta à l'idée d'abaisser ainsi la dignité de son caractère, et il écrivit cette lettre sublime au religieux qui lui avait transmis ces propositions :

€ Tai reçu vos lettres avec le respect et l'affection qu'elles méritent, et j'y ai reconnu avec empressement et reconnaissance tout l'intérêt que vous prenez à mon rappel dans ma patrie Ten ai été d'autant plus touché qu'il est plus

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