‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 13 sur 300 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

rare aux exilés de trouver des amis Est-il généreux,

dite&*moi » de me rappeler dans ma patrie à de pareilles conditions après un exil de trois lustres T Est-ce là ce qu'a mérité mon innocence manifeste à tous ! Estrce là ce qui est dû à tant de veiUes et de fotignes consacrées à l'étude ? Ah! loin d'un homme familiarisé avec la philosophie la bassesse de cœur qui le porterait à subir en vaincu la céré-. monie de Toffrande» comme l'a fait certain prétendu savant, comme l'ont fait d'autres misérables ! Loin d'un homme accoutumé à prêcher la justice, et que l'on a dépouillé» la bassesse de payer un tribut à ceux qui lui ont fait tort, les traitant comme des bienfaiteurs! Non! mon Père» ce n*est pas là, pour moi, la voie de rentrer dans ma patrie. Si vous en avez déjà découvert, ou si quelqu'un par la suite en découvre une autre où je puisse conserver intact pion honneur et mon renom , me voici prêt à y rentrer à grands pas. Que si , pour retourner à Florence, il n'y a pas d'autre chemin que celui qui m'est ouvert, je ne retournerai point à Florence. Eh quoi ! ne puis^je pas partout contempler le soleil et les astres f Ne puis^je pas partout me livrer à la douce recherche de la vérité? Ai-je besoin pour cela d'aller perdre ma réputation ; d'aller m'avilir dans la cité des Florentins ? Pespère que le pain ne me manquera pas. »

Certes, si jamais âme fut noble et grande , c'est celle qui a repoussé l'avilissement par de telles paroles. Et c'est pourquoi Dante ne revit plus cette patrie tant aimée ; il alla mourir à Ravenne, près de Guido-Novello, qui lui avait donné asile à sa cour. Là est son tombeau , avec une épitaphe qu'on croit faite par lui-même , et que le vers suivant résume tout entière :

Hic claudor Dantes, patriis extorrîs ab oris.

Gomme toutes les grandes intelligences poétiques et philosophiques, Dante aspirait à Yunité, à Tidéal : le génie seul est capable de cette haute synthèse. Dans son traité De tmlgari eloquio, écrit en latin, il veut donner à Tltalie Tunité de langage ; il montre que le roman iialien, la langue de si, est partagée en quatorze dialectes, et qu'il appar* tient aux savants, aux écrivains, de ramener ces divers patois à une langue conunune. Mais il flt mieux que de donner des conseils, il donna l'exemple, et cette langue commune, il la dota de ses immortels ouvrages.

En politique, Dante voulait aussi l'unité pour sa patrie déchirée par tant de factions , et morcelée en une foule de pouvoirs divergents. Guelfe et amoureux de la liberté pendant sa jeunesse, il comprit ce qu'il y avait d'illusoire dans cette indépendance locale qui ne profitait qu'aux ambitieux et n'engendrait que des désordres; il se tourna vers les Gibelins , moins par dépit et colère de banni que par réflexion et besoin philosophique d'unité. Son traité De monareMa, écrit aussi en latin, est une thèse vigoureuse, soutenue d'après les formes scolastiques, en faveur du pouvoir absolu, conune étant seul capable de faire le. bonheur des peuples. Ce pouvoir idéal, il le voyait dans le saint-empire romain ; c'est pourquoi il faisait appel à l'empereur Henri YII, dont il espérait la fln des malheurs de l'Italie : illusion de poète et de patriote, car Henri VII et ses Allemands traitèrent l'Italie comme une proie et une conquête, se souciant fort peu de lui donner cette unité paisible et prospère que rêvait Dante.

c U se constitua, dit Ozanam>, l'apologiste du saintempire ; il s'en fit à la fois l'historien, le jurisconsulte, le

' Dante et la philosophie catholique, p. 355.

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