‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 120 sur 300 · CHAPITRE QUINZIÈME. tt · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME. tt

trent excellent critique dans son Essai sur la nie et Us ouvrages de Parim.

Depuis la mort de Giusti» Giovanni Prati (1815) occupe le premier rang dans la poésie italienne, et sa verye, aussi abondante que forte, ne parait pas près de l'abandonner. Son premier poème, Edmenegarda, qui date de 1841, frappaTattention publique par des qualités qui annonçaient un yrai poète : richesse de ton, fraîcheur dans les détails» gr&ce et souplesse dans le style, art d'émouvoir et d'intéresser. Sans se laisser décourager par la froideur qui accueillit les poèmes suivants : Rodoljb, Satana e le Graxiê, Prati sut reconquérir l'attention par le poème d!Ariberto, conception vigoureuse et bizarre, semée de beaux épisodes, mais entravée par des digressions sans nombre où se noie l'action principale ; les types des personnages nous paraissent forcés, et la passion politique dépasse les bornes permises à la poésie, qui peut bien vivre de fiction, mais sans faire injure à la vérité.

Les événements dont l'Italie est le théâtre depuis trente années ont tous leur écho dans les poésies de Prati. Il aspirait déjà à la lutte avant l'explosion de 1848, et ses vers la faisaient pressentir; à partir de ce moment, sa muse est toute à la politique , et il voit dans Napoléon Kl le futur Ubératewr de l'Italie, en même temps qu*il excite la maison de Savoie à accomplir l'œuvre de dilwranee qui s'accordait si bien avec ses visées ambitieuses.

Investi de fonctions politiques, Prati n'en continuait pa» moins de cultiver la poésie; tout en travaillant à sa traduction de Y Enéide, il composait un nouveau poème ^ Armando, mêlé de fantaisie et de réalité, de rêveries et de défaillances, d'aventures étranges et de divagations sceptiques. G*est comme un écho de Faust et de Manfred »

malgré le soin que prend l'auteur de nous assurer qu'il ne leur a rien pris, et que la pensée est bien sienne : tin peniier M mio capo. L'intérêt est médiocre; le poème manque de suite et d'ensemble; les beautés de détail ne suffisent pas pour soutenir l'attention du lecteur, de même qu'avec des lambeaux d'une belle étoffe, on ne parvient jamais, sauf pour Arlequin, à composer un beau costume. Et puis on ne s'intéresse plus guère de nos jours à ces héros mélancoliques, à ces âmes malades et désespérées, qui ont perdu, comme Artnando, tout ressort moral, et qui semblent avides de néant, pour n'avoir pas compris les devoirs de la vie. Ce vieux type est usé et ne produit plus aucun effet.

Mieux vaut encore revenir aux premières poésies de Prati, à ses chants lyriques, à ses ballades, à ses sonnets dont il a fait un nombre considérable, et le plus souvent avec un art parfait; c'est la partie la plus pure et la mieux inspirée de son œuvre, celle où il y a le plus de spontanéité et de véritable émotion. Rien de plus touchant que ses Memorie e lagrime, recueil où il chante avec des larmes dans la voix les êtres chéris qu'il a perdus, ses deux enfants morts au berceau.

La plupart de ces poètes belliqueux et patriotes qui ont chanté la délivrance et la liberté de l'Italie appartiennent par leur naissance à la Lombardie, où pesait si lourdement la domination autrichienne : c'est là que sont nés Monti, Manzoni, Grossi, Prati. L'oppression pousse à la révolte; pendant un demi-siècle, c'est sur cette terre esclave que germèrent en Italie toutes les tentatives révolutionnaires, et la littérature , la poésie , cette âme des nations , leur servait naturellement d'écho et d'appui. Si l'unité italienne devait passer du rêve à la réalité, elle devait se faire natu-

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