‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 121 sur 300 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

rellement au profit de cette race vigoureuse, qui, mieux que ]e reste de la nation, savait combattre, parler et chanter. Nous constatons le fait sans affirmer le droit ni approuver les moyens; la violence et la spoliation révolteront toujours les consciences honnêtes, et l'Italie, à notre point de vue , pouvait conquérir sa liberté , atteindre à sa régénération politique sans ces violences irréligieuses, ces moyens révolutionnaires, ce mépris de la justice et du droit qui tôt ou tard amènent leur punition, car les peuples, comme les individus, sont soumis aux lois de la responsabilité morale.

Passons à un autre poète piémontais, moins puissant que Prati, mais plus gracieux, et entraîné comme lui dans le champ de la poésie politique. Né à Vérone , Aleardo Aleardi se distingua par des poésies riches en couleurs et en charme descriptif : il Mairimonio, il Monte Circello, On'Ora délia mia Giomnexza , où le talent est inégal , car la pensée ne se soutient pas toujours au niveau de la description. Ses C/utnti patriotiquei ont plus de nerf et d'élévation, mais sont entachés de pompe déclamatoire.

Voici encore trois poètes appartenant au nord de l'Italie, et qui ont conquis dans la poésie une place honorable, (iazzoletti s'est exercé avec succès dans la ballade et l'élégie, où il figure avec honneur à côté de Prati : son recueil contient aussi quelques chants politiques. — Regaldi s'est d'abord fait connaître comme improvisateur; il a consacré sa renommée par des œuvres plus sérieuses; quelques-unes de ses odes et eanxoni ont de l'élan; mais il 7 a plus de valeur et d'éclat dans une série de pièces que lui inspira son excursion en Orient, depuis le Bosphore jusqu'aux confins de l'Arabie, quoiqu'elles offrent bien des inégalités dans la pensée et le style. — Le Vénitien

DaIl*Ongaro, ami de Gazzoletti, a cultivé comme lui l'élégie et la ballade, quoique avec un moindre soin de la forme et du style; il a mieux réussi dans la chanson; mais la politique qui enyahit beaucoup de ses pièces est loin d*en rehausser la valeur. Ses essais au théâtre ne dépassent pas la médiocrité.

Frullani est fort aimé et estimé à Florence, dont il est en quelque sorte le poète en titre, et dont il se plait à célébrer la gloire; ses petites pièces, travaillées avec soin, sont voilées de mélancolie; le ton élégiaque y domine, mais il en est qui s'élèvent, par le sentiment patriotique, jusqu'au véritable enthousiasme lyrique.

Josué Garducci nous parait faire fausse route en livrant sa muse aux inspirations païennes et socialistes. Les lauriers de Leopardi l'empêchaient de dormir. Il a l'ambition d'être le Tyrtée de l'Italie, le promoteur d'une nouvelle république romaine. Le gouvernement piémontais accepta volontiers le concours d'un poète démagogue , qui favorisait ses vues en demandant l'assaut du Gapitole. Garducci devint professeur à Bologne. Ses chants politiques sont pourtant la partie la moins belle, la moins inspirée de ses oeuvres : trop souvent il y déclame; il retourne au paganisme antique, ce qui n'est pas un progrès; il noie sa pensée dans un flot d'érudition peu fait pour divertir le lecteur. De plus, il est injuste et même injurieux pour le christianisme : il relèverait volontiers les idoles sur les ruines de Saint-Pierre. Ge scepticisme païen, ce culte de la nature sans Dieu n'est qu'une machine à effet, dépourme de conviction et de sincérité. Si l'on veut trouver le poète de talent, avec l'accent sérieux et convaincu, il faut le chercher dans les pièces où il chante ses sentiments personnels, ses émotions intimes : c'est là qu'il trouve la vraie

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