CHAPITRE DIX-SEPTIÈME. S
son jugement n'est pas obscurci par les préjugés de l'esprit de parti qui entraînent presque toujours les historiens français quand ils racontent cette mémorable période de notre histoire. Blalheureusement, dans la partie qui regarde l'empire, il manque souvent de documents originaux, et son récit» trop sommaire, est insuffisant et parfois inexact : sa manière se rapproche de celle de Tacite, et c'est le plus bel éloge que l'on puisse lui accorder.
César Cantù (1805) occupe aujourd'hui la première place parmi les historiens italiens, et son autorité n'est guère contestée, même par ceux qui ne voient pas sans dépit les sentiments franchement catholiques de cet éminent écrivain. Il se forma sous l'inspiration de Manzoni, qui encouragea ses débuts, et ajouta à sa gloire personnelle celle d'avoir donné à l'Italie le premier de ses historiens modernes. A vingt-quatre ans, il fit paraître son Histoire de Came, prélude des vastes travaux qui ont occupé toute sa vie. Son œuvre capitale est V Histoire utUverseUe, qui lui coûta onze années de travail, et qui fut terminée en 1849. Dans un sujet si vaste, où il fallait compulser toutes les annales du genre humain, Cantù n'est pas resté inférieur à sa tâche ; il a su en embrasser d'un œil sûr l'ensemble aussi bien que les détails, et il marche d'un pas ferme vers son but, le seul qu'un historien puisse avoir en vue, la vérité. De vastes lectures lui ont rendu familières toutes les sources de l'histoire, depuis l'antiquité la plus reculée jusqu'à nos jours ; il n'est étranger à aucun système, et il met en présence les opinions diverses, sauf à les discuter avec la loyauté de son caractère et les lumières que lui fournit une science approfondie. Les quelques erreurs qu'on a pu relever dans ce grand ouvrage n'infirment en rien la haute valeur qu'il faut lui reconnaître.
LHiiUnre des Italiens du même auteur D*a pas eu un succès égal, mais on n'a pas contesté le yif intérêt que présentent ses deux ouvrages biographiques et critiques intitulés Parim et ton école, Ératme et la réforme en Italie.
V Histoire des Barbares, du Napolitain Troya, se recommande moins par le style que par l'érudition. Cet écrivain s'occupa aussi d'une discussion ingénieuse sur le sens allégorique d'un passage de Dante (t7 Veltro allegorieo di Dante ^)^ qui inspira à son disciple, le comte Balbo, un excellent travail ^ la Vie de Dante, écrit avec une verve spirituelle et souvent originale. On doit encore au comte Balbo un Résumé de Fkistoire tItaUe, Y Histoire d'Italie sous les Barbares, des Méditations historiques, des Lettres sur la politique et la littérature. Ces divers ouvrages sont faits dans un très-bon esprit et font honneur à la franchise de l'écrivain.
M. Amari a écrit la Guerre des Vêpres siciliennes, étude approfondie d'un grand épisode historique dont ce travail peut être considéré conune le dernier mot. — Les Lettres sur les Lombards, du marquis Gino Gapponi, qui rappellent celles d'Augustin Thierry sur l'histoire de France, ^sont un exposé solide et succinct de la querelle séculaire entre les papes et les empereurs dont les deux pays ont eu tant à souffrir. — V Histoire des grandes familles italiennes, par le duc Lita, est aussi un travail estimable, complet et fort intéressant à consulter pour quiconque s'occupe de l'histoire de la Péninsule. — Enfin, deux savants religieux, l'oratorien Gapecelatro et le bénédictin Tosti^ ont rendu des services à la science aussi bien qu'à l'Église , en composant, l'un Y Histoire de saint Pierre Damien, et l'autre la Comtesse Mathilde et les Pontifes romains.
^ Le Lévrier allégorique de Dante,