CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
sionnée qui leur donne un vif intérêt. L'unitarisme italien y reçoit plus d'une atteinte» et des leçons qui doivent donner à réfléchir à ceux qui emploient l'arbitraire sous prétexte de déraciner les abus et de faire le bonheur de la nation. — Les Mémotres sur t Italie, de Hontanelli, se rapportent au mouYement réYolutionnaire de 1848, auquel il prit une part assez active pour devenir président du conseil des ministres et triumvir à Florence. Il combattit à Gurtatone contre l'armée de Radetzki et resta sur le champ de bataille le corps percé d'une balle. Ces Mémoires sont un tableau curieux des passions et des illusions de l'époque ; mais l'écrivain est sincère , même dans ses exagérations.
De l'histoire, nous passons sans transition à k philosophie, qui s'y rattache par plus d'un rapport intime, car, de nos jours, ces deux sciences touchent de près aux théories gouvernementales, et, dans l'état actuel de l'Italie,. toute la pensée converge vers la politique et est entraînée ayec elle par la marche des événements. Pendant les quarante premières années du siècle, l'Italie se préoccupait assez peu des grands travaux philosophiques qui s'accomplissaient en Allemagne et en France ; les écoles ne songeaient qu'à réfuter la doctrine de la sensation , répandue par les ouvrages de Locke et de Gondillac , lorsque deux écrivains d'un grand mérite, Rosmini et Gioberti, vinrent donner à cette étude un intérêt tout nouveau.
L'abbé Rosmini-Serbati (1797-1855) se place à la tête des philosophes catholiques de ce siècle , en poursuivant avec une infatigable ardeur, sans jamais dévier de l'orthodoxie, le but de ramener les esprits à la religion par la raison et la science. Il rencontra pour adversaire Lamennais et Gio berti , qu'il essaya vainement de convaincre ; pour lui, s'il
erra sur quelques points de détail» il n*eut point le tort ni l'orgueil de la résistance, et sa prompte soumission à TËglise ne fit que relever sa bonne foi ainsi que la noblesse de son caractère. Ses ouvrages, empreints d*une logique vigoureuse, d'une grande finesse d'analyse et d'aperçus, ne forment pas moins de trente volumes sur divers sujets de philosophie et de religion. Il fonda aussi plusieurs institutions charitables et refusa le cardinalat. Devenu ministre de Pie IX avec Rossi , il suivit le pape dans sa retraite à Gaéte.
Moins profond comme philosophe et moins bon écrivain que Rosmini, Vincent Gioberti (1801-1852) fut avant tout un homme d'action en même temps qu'un cœur généreux. Il eut saj3S doute bien des illusions, il caressa mainte utopie; ce qui l'excuse, ce sont ses intentions, toujours droites et pures ; son existence agitée se lie à tous les événements de la Péninsule pendant trente années. Prêtre, théologien, philosophe, chapelain à la cour de Charles- Albert, exilé comme agitateur révolutionnaire, en dernier lieu professeur à Bruxelles, il avait débuté en 1838 par une Théorie philoiopMque (Tearka)^ où il cherchait à établir l'harmonie, la convejiance entre la religion, la civilisation et le progrès. Deux ans après, il publiait T/nirùduction â Véiude de la phihtophie, qui n'est autre chose qu'une critique des difTérents systèmes; celui de Descartes 7 est vivement attaqué ; Gioberti y substitue l'ontologisme^ en s'appuyant sur saint Anselme, Malebranche, Leibnitz etVico, et il proclame ralliance du catholicisme avec la philosophie. Ces ouvrages furent accueillis avec faveur par les catholiques, mais ils déplurent aux libéraux, auxquels Gioberti avait donné des gages , et de toutes parts vinrent les attaques; les disciples de Rosmini ne les lui épargné-