CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
rent pas» et Gioberti riposta avec uue verve de pamphlétaire dans un ouvrage plein de viinilence , les Erreurs phi^ hsopkiques d^ Antoine Rosmini.
C'est alors que Gioberti, poussé par sa fougueuse nature, sortit tout à coup du calme sanctuaire de la pliilosopbie pour se jeter dans Tarène agitée de la politique : il écrivit son livre fameux de la Primauté morale et civile des Italiens , dédié à Silvio Pellico , et où il soutenait cette thèse problématique, que l'Italie avait toujours possédé, soit effectivement, soit virtuellement, cette suprématie morale qui faisait d'elle un instrument privilégié de la Providence. Il réclamait sa rénovation sociale et politique au moyen d'une confédération des États ayant le pape pour chef religieux, le roi de Sardaigne pour chef militaire, et comme objectif l'expulsion des Autrichiens. Cet ouvrage, où la France était assez mal traitée, causa un grand émoi, surtout quand l'auteur y eut ajouté ses Prolégomènes. Les jésuites » qu'il avait d'abord ménagés , se voyant attaqués à leur tour, ripostèrent avec vigueur, et Gioberti usa de représailles avec une violence et une passion qui dépassaient toutes les bornes d'une loyale polémique. Gioberti servit ainsi de levier à la révolution politique de 1848 ; il fut nommé député, président du parlement, ministre, et se mêla à toutes les luttes des partis; mais il fut bientôt dépassé par ceux à qui il avait donné de l'élan, et quitta les affaires pour se retirer à Paris, où il allait mourir dans un exil déguisé sous les apparences d'une mission diplomatique. C'est alors qu'il écrivit son dernier ouvrage, la Rinooation eiviU de FltaUe, qui servit de programme à la politique du comte de Gavour ; il n'y ménage aucun parti, et il dit à chacun d'eux de dures vérités, mais il ne perd pas de vue le triomphe de l'idée nationale , qui fut
l'objectif et la passion de toute sa vie. De ses ouvrages philosophiques , le Traiié sur le beau restera comme son œuvre la plus brillante et la plus pure, de même que le recueil de ses Lettres, en trois volumes , est une lecture nécessaire pour quiconque veut le connaître tout entier.
L*école philosophique de Gioberti a eu, en Italie, des adhérents nombreux , des continuateurs ; tandis que les peuples voisins, TÂlIemagne et la France, semblent avoir épuisé tous les systèmes , l'Italie continue ses recherches et ses travaux avec une ferveur de néophyte. Mamiani, qui avait débuté dans la carrière avant Gioberti , a fini par se rallier à son système ontologique. Cette évolution est complète dans ses Cortfestwni if un métaphytiâen, œuvre plus élégante que profonde, qui est comme un commentaire du spiritualisme platonicien ^ Mais l'école religieuse de Gioberti a pour principaux interprètes HM. Fomari , Gatara- Lettieri et Yincenzo di Giovanni, écrivains distingués, adversaires résolus et souvent bien inspii*és de l'école matérialiste et positiviste.
Cette dernière doctrine a eu pour initiateur en Italie le Génois Franchi, qui est plutôt un pamphlétaire qu'un philosophe. Si, dans sa PkUosophiê des écoles italiennes, il met une certaine verve à combattre les écrivains spiritualistes, il ne leur oppose aucun corps de doctrine, car la négation n'en est pas une, et il n'en est jamais sorti aucune vérité. On peut en dire autant de l'hégélianisme , professé à Naples par MH. Spavento et Yera; le premier a traduit et commenté la Logique de son maître , suivie de
< Blamiani fut en outre publicUte, orateur et homme d'État. Modéré de caractère et d'opinion, il s'opposa tonjoun aux mesures violentes de la RéToIution, et tint tète aux menaces de Mazzini et de Garibaldi. Ses Discours et ses Écrits politiques nous le montrent orateur éloqueat et poblidste distingué.