CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
L*esthélique a trouvé en M. Ranalli un digne et savant interprète des œuvres d'art dont Tltalie est la patrie mère. Son Bistaire des beaux-arts en Italie nous donne de riches et brillantes descriptions de tant d*œuvres fameuses dues au pinceau et au ciseau des maîtres italiens, et qui servent encore de modèles aux artistes amoureux de l'idéal . Voué à Tenseigneioent, M. Ranalli a rendu à la littérature le même service qu'aux beaux-arts par ses Ammaestramenti a ktieratura ^ où il donne à la fois le précepte et le modèle, en s'appuyant sur les grands écrivains dont l'autorité est incontestée.
Sous la plume de M. de Sanctis, professeur à Naples, la critique a fait des progrès remarquables ; on en trouve la preuve dans son volume d* Essais, supérieur, pour la finesse des aperçus, à son Histoire de la littérature italienne, qui n'en traite réellement qu'une partie, car les origines de la langue y sont omises, et l'ouvrage ne dépasse pas le quinzième siècle. En revanche, il s'arrête avec complaisance sur la grande figure de Dante, et lui donne des développements hors de proportion avec le reste de l'ouvrage : un Italien ne peut parler de l'auteur de la Divine Comédie sans tomber dans l'extase, et il est toujoui*s sûr d'intéresser ses lecteurs.
La Critique dantesque forme à elle seule une bibliothèque entière : jamais poète n'a plus exercé la patience et la sagacité des commentateurs. La liste n'en est pas close, e{ M. Francesco Ferez y a ajouté son nom par sa Béatrice svelaia, où il cherche, avec beaucoup de science, à tracer les limites entre l'allégorie et la réalité au sujet de l'inspiration du Gran padre Alighieri.
* Leçons de littérature.
Nous serons bref sur le roman moderne, car les chefsd'œuvre y sont rares y et, pour une œuyre de mérite et de goût achevé, comme les Fiancés de Manzoni, il en est des centaines dont les titres ne valent pas la peine d*ëtre cités. Ce genre fantaisiste, dont on abuse tant de nos jours, moins pour Tinstruction que pour la démoralisation des lecteurs, se renferme rarement dans de justes bornes; quand il ne fausse pas l'histoire , ce qui arrive presque toujours, il fausse l'imagination et le goût, et les jeunes lecteurs qui se passionnent pour ce genre d'ouvrages ne sentent que trop tard ce qu'il a fait perdre à la fraîcheur de leur âme et à la délicatesse de leur éducation littéraire.
M. César Gantù, si remarquable conmie historien, a échoué complètement en voulant devenir romancier. Sa Margherita Pusterla est un tissu d'horreurs et d'invraisemblances , mtdgré quelques bons aperçus historiques et de bonnes intentions morales.
M. Tommaseo (1803) a mieux réussi dans une peinture historique fort intéressante et très-exacte sous le rapport de la couleur locale, le Duc d'Athènes, dont le sujet lui a été fourni par les annales florentines. Dans un autre ouvrage, Fcde e Bellezza, cet écrivain a fait une étude intime et psychologique , qui vaut moins par l'action que par les détails et le style ; la narration y alterne avec la méditation philosophique , et pourtant l'intérêt se soutient par le charme des détails et des épisodes.
M. Guerrazzi (1805), dans la BataiUe de Bénévent, a pris à Byron son héros, Manfred, pour en faire le centre d'un tableau historique chargé de fortes couleurs et de notables exagérations. L'esprit démocratique a mal inspiré cet écrivain ; imagination déréglée, il ne sait diriger ni son plan ni son style ; ces défauts sont surtout sensibles dans son Siégi^d^
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Florence, aussi mal ordonné que mal écrit, et !ml réputation est plutôt due à l'esprit de parti qu'à des qualités sérieuses.
En 1848, Guerrazzi fut porté par la révolution à la tête de la république toscane, et il usa en peu de jours sa popularité ; il a passé par la prison et l'exil , et son caractère y a pris un degré d'exaspération réelle. Ses romans portent l'empreinte des agitations de son esprit et des égarements de sa pensée ; c'est partout une aigreur morose contre la société ; sa fougue démagogique s'exhale en imprécations impies, en scènes de désenchantement et de désespoir; de là ce ton faux et boursouflé qui gâte des pages parfois éloquentes.
Massimo d'Azeglio (1801), gendre de Manzoni, forme un parfait contracte avec Guerrazzi; député, ministre en même temps que romancier, artiste et poète, il y a dans son honorable existence cette dignité, ce calme, cette unité morale que donnent seuls une conscience honnête et le sentiment du devoir. Ses romans, Ettore Fieramoica, Niecolo ie' Lapi, prouvent un talent de narrateur aussi aimable que sérieux; il commença, sans Tachever, un roman historique, IdiLegahmbarda, qui l'eût placé peutêtre à côté de Walter Scott ; c'était une étude pleine d'intérêt et d'érudition sur le douzième siècle ; elle s'arrête malheureusement au huitième chapitre. M. d'Azeglio se peint tout entier dans ses Scnvemrt {Rkordi) ^ l'un des meilleurs livres que l'on ait écrits sur les événements de l'Italie moderne jusqu'en 1848; car c'est à cette date que Féminent écrivain arrête le tableau de ses pénétrantes observations, complétées du reste, jusqu*à un certain point, par sa correspondance.
Les romans et les nouvelles de M. Garcano se recom-
ino LITTÉRATURE ITALIENNE.
nuindc^iit par une grande vigueur de touche, de jolies scënm vlvoment racontées» des descriptions brillantes, des ^\m% lyriques d'un caractère mélancolique et tendre. Son (It^'^^m) «uccès a été AmghU Maria, qui vaut mieux pourtant l^r )<^ détails que par Tensemble : aussi réussit-il moins ^l^u« uu i^rand nVit que dans les petits tableaux de genre IvU q\i^ W oflVvnl $es channantes nouvelles.
)Vu\ aul<^ir« dramatiques dont nous avons parlé, MM^ lUn'^i'Aio M Glmardi dd Testa, ont aussi abordé le WU^^U a\^" $IKX^ : k premier par son KwelUere coniem^ f^Hhàm^. ^-^ ^k^ nSrils consacrts i Yamawr, à la /amUle • 1^1 j^ U fi^vw. $ielvHi k smtiment qui y prédomine ; il y a <V|\\utO d'îHUtlv^ n^uns, TOA, PéJmmm, les Anges de la Hr^ i )o ;$^wm) a di^^iové un Tiai bdent d'observation ^Uiu I(h^ ^ Amiw, tableau de monus^nement esquissé qui rap)>eUe souvent la touche de Lesi^.
M« Ji>seph Tigri, qui a coHectioniié parmi les monta- (Snartls de TApennin son curieux recueil des CkanU popufaàm iê la TéKom, et qui a chanté arec effusion les paysages et les mœurs de son pays natal dans son poCme des Sebe, a complété sa réputation par plusieurs rëdts intéressants : U MfmUamhm, Vobmimrw H SMaio, Sehaggia </e* Verfulm; ce dernier joint i Fattrait de Finvention romanesque le mérite plus solide d'une peinture historique pleine de coosciendeuse érudition , soit qu'il décrive les hrillanles fêles d'une cour féodale, soit qu'il nous fasse assister aux émouvantes péripéties du siège de Pistoia.
Nous pourrions ajouter i cette liste des romanciers pinceurs écrivains qui ont débuté depuis peu avec un certain talent; mais, comme il est impossible d'asseoir sur ces premières données un jugement définitif, il nous sem- '^ préférable de rtsarver pour eux la question d'avenir.
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mandent par une grande vigueur de touche, de jolies scènes vivement racontées, des descriptions brillantes, des élans lyriques d'un caractère mélancolique et tendre. Son grand succès a été Anghla Maria, qui vaut mieux pourtant par les détails que par l'ensemble : aussi réussit-il moins dans un grand récit que dans les petits tableaux de genre tels que les offrent ses charmantes nouvelles.
Deux auteurs dramatiques dont nous avons parlé, MM. Bersezio et Gherardi del Testa, ont aussi abordé le roman avec succès : le premier par son NovelUere eonêem-' poraneo, séries de récits consacrés à Y amour, à la famiUe et à la patrie, selon le sentiment qui y prédomine ; il y a ajouté d'autres romans, YOdio, Palmina, les Anget de la terre; le second a déployé un vrai talent d'observation dans Riche et Pauvre, tableau de mœurs^finement esquissé qui rappelle souvent la touche de Lesage.
M. Joseph Tigri, qui a collectionné parmi les montagnards de l'Apennin son curieux recueil des Chantt populaires de la Toscane, et qui a chanté avec effusion les paysages et les mœurs de son pays natal dans son poème des Selve, a complété sa réputation par plusieurs récits intéressants : il Montanino, Volontario et Soldalo, Sehaggia de* Vergiolesi; ce dernier joint à l'attrait de l'invention romanesque le mérite plus solide d'une peinture historique pleine de consciencieuse érudition, soit qu'il décrive les brillantes fêtes d'une cour féodale, soit qu'il nous fasse assister aux émouvantes péripéties du siège de Pistoia.
Nous pourrions ajouter à cette liste des romanciers plusieurs écrivains qui ont débuté depuis peu avec un certain talent; mais, comme il est impossible d'asseoir sur ces premières données un jugement définitif, il nous sem* ble préférable de réserver pour eux la question d'avenir.
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