‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 138 sur 300 · CHAPITRE PREMIER. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. S

colonies grecques. Les Carthaginois, non moins entreprenants, s'établirent de bonne heure sur les côtes méridionales; repoussés de la Sicile et de la Sardaigne par les Romains, ils cherchèrent des compensations sur les rives espagnoles; Amilcar Barca, en neuf années de guerre, soumit tout le midi de la Péninsule, et son gendre, Asdrubal, fonda la nouvelle Carlhage (Carthagène), puis s'avança jusqu'à l'Èbre, où il fut arrêté par la rivalité Jalouse des Romains.

Bientôt après, la destruction de Sagonte par Annibal fut le signal de la seconde guerre punique, où faillit s'engloutir la fortune de Rome, mais qui amena, après des luttes sanglantes, la ruine complète de Carthage. Dès lors, l'Espagne devint la proie des Romains, malgré la résistance courageuse des populations et les succès momentanés du pâtre Yiriathe; seules, les tribus ibériennes des Pyrénées conservèrent une ombre d'indépendance.

La domination romaine en Espagne dura cinq siècles et demi; elle y porta, comme partout ailleurs, sa langue, ses lois, sa forte organisation, ses monuments et son culte. La population indigène se façonna sans peine aux mœurs et à la civilisation des conquérants; elle fournit même à Rome des écrivains qui brillent avec éclat dans sa décadence littéraire : les deux Sénèque, Lucain, Quintilien, Martial, Florus. Une certaine emphase asiatique, mêlée de subtilité , caractérise ces écrivains d'origine espagnole ; ils mêlent l'artifice à la pompe oratoire, mais ils marquent le degré de culture auquel était parvenue cette contrée par l'art uni à l'étude des grands modèles.

Au commencement du cinquième siècle, la domination romaine est partout ébranlée par l'invasion barbare; la Gaule livre passage aux Suèves, aux Vandales et aux

AlainSy qui se ruent sur l'Espagne comme sur une proie, pillant et dévastant les monuments de l'antique civilisation. Les Wisigoths arrivent à leur tour ; moins farouches que les autres conquérants , ils les dominent ou les expulsent ; les Vandales vont fonder un royaume éphémère en Afrique, et l'Espagne se soumet aux derniers vainqueurs, dont la domination dura trois siècles. Convertis au christianisme, les Wisigoths se laissèrent pénétrer de son heureuse influence; le clergé avait recueilli l'héritage de la science et des lettres ; il adoucit les mœurs des barbares, enseigna, fonda des écoles, et une civilisation nouvelle commença à fleurir sous le patronage de l'Ëglise.

Les Wisigoths étaient ariens; le roi Récarède les ramena au catholicisme, à la suite d'un concile où il abjura luimême. La langue latine recouvra son empire; les vainqueurs l'adoptèrent sans difficulté, et le gothique disparut sans presque laisser de traces. C'est du clergé que sortent les écrivains de cette période, qui tous emploient la langue latine. Paul Orose, disciple de saint Augustin, était né à Tarragone; il écrivit V Histoire du monde en sept livres, pour démontrer, contre les païens, que la Providence ne peut être accusée des calamités qui affligent le monde. Isidore de Séville travailla avec ardeur à la conversion des ariens, et composa une chronique qui s'étend de la création à l'an 626, une Histoire des rois goths, vandales et suèves, et une sorte d'encyclopédie, sous le titre à^Étymologies, qui résiune toule la science de son temps.

L'Espagne fut donc latinisée par les Romains et par l'éducation catholique; pendant huit siècles, elle subit l'empreinte latine. Les conciles parlaient latin; Tolède, déclarée ville royale sous Récarède , vit se réunir dix-sept conciles sous la domination des Wisigoths; c'étaient des

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