CHAPITRE PREMIER
réonions à la fois politiques et religieuses, une sorte de représentation nationale ; on y discutait les grands intérêts de l'État; on y faisait des lois; le septième concile promulgua en latin le code célèbre connu sôus le titre de Forum jvikum, qui ne fut traduit en espagnol qu*au milieu du treizième siècle. La conquête arabe elle-même ne put bannir le latin, qui forma, par corruption, une langue nmane, base de l'espagnol actuel.
On se demande comment ce royaume des Wisigoths, établi depuis trois siècles , put être conquis par les Arabes à la suite d'une seule bataille. Cette faiblesse tient à plusieurs causes : d'abord, le principe de l'élection, qui mettait le trône à la merci des grands et produisait sans cesse de sanglantes rivalités; un canon du quatrième concile de Tolède proclame ainsi le droit électoral de la noblesse : c Que nul ne devienne roi si ce n'est par le libre suffrage des nobles et des évêques. » On entrevoit déjà la fierté de ces grands d'Espagne qui ne découvraient pas leur tête devant le roi. Le dernier prince wisigoth, Roderic, monta sur le trône par une conspiration contre Wittiza, qui parait avoir été un cruel tyran. Le comte Julien, gouverneur de Ceuta pour l'empereur de Byzance, appela les Arabes d'Afrique, et la bataille de Xérès (711) leur livra l'Espagne entière. Une seconde cause du dépérissement de ce royaume fut l'oppression du peuple par la race conquérante; celle-ci avait pris les deux tiers des terres, et ne se gênait pas pour usurper le reste, quand il était à sa convenance. Le sort des colons, des serfs, des esclaves était pire que sous la domination romaine; cette masse opprimée ne montra aucun élan pour repousser de nouveaux envahisseurs ; les Arabes ne pouvaient aggraver son sort. Enfin les juifs, très-nombreux en Espagne, étaient
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persécutés, dépouillés de leurs biens, et firent cause commune avec les musulmans.
Les Arabes trouvèrent l'Espagne à leur convenance, et s*y attachèrent avec passion. C'était à peu près le ciel et le climat d'Orient, avec des eaux plus abondantes et un sol plus fertile. Amis des arts et des sciences, déjà éclairés par le reflet du génie grec, ils trouvaient en Espagne les monuments du génie romain , dont le prestige et la grandeur les frappaient d'admiration ; ils y développèrent à leur tour toutes les ressources de leur riche imagination , soit dans la poésie, soit dans les arts; Cordoue, Séville, Grenade se couvrirent de ces temples, de ces palais féeriques que ne se lasse pas de contempler l'œil ^merveille du voyageur. L'ommiade Abdérame détacha cette belle contrée du califat de Bagdad, et fonda le califat de Cordoue, non moins brillant que celui d'Orient.
La domination arabe en Espagne dura huit siècles. Tandis qu'un certain nombre de chrétiens, sous la conduite de Pelage, un des vaincus de Xérès, se réfugiaient dans les Pyrénées cantahriques, résistaient victorieusement aux attaques des Maures, et fondaient le royaume d'Oviédo, d'où devait sortir peu à peu la revanche des chrétiens, le reste de la nation se soumit aux Arabes, se confondit avec eux, et adopta leur langue, leurs habitudes, leur costume, tout en conservant sa foi religieuse. Cette population, désignée sous le nom de mozarabe, oublia en partie le latin, si bien qu'au dixième siècle, un évèque de Séville était obligé de traduire et d*expliquer la Bible en arabe à ses ouailles. Pourtant la pénétration de la langue arabe ne fut jamais profonde dans la masse populaire; la forte empreinte du latin persista, gr&ce à l'instruction chrétienne et à l'enseignement du clergé; ce fut elle qui