‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 140 sur 300 · CHAPITRE PREMIER. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. S

triompha en définitiTe. Dans le roman espagnol, on a calculé qae sur cent ofiots, il y en a soixante de latin contre dix arabes; le reste est grec, gothique, basque, etc., et même, en s*épurant dans les siècles modernes, la langue littéraire a encore diminué le nombre de ces éléments adventices.

Noas savons maintenant sur quelles bases s'est formée la langue espagnole, à la fois si noble, si forte, si simple et si naïve. Mais il faut se rappeler surtout sous quelles influences se développa le génie national , dans la longue lutte que ce peuple eut à soutenir pour recouvrer son indépendance et repousser TArabe jusqu'au delà des mers. Le sentiment religieux et patriotique fut son unique et constante inspiration; la croisade dura huit siècles; huit siècles de combats, qui trempèrent d'une indomptable énergie et d'une noble fierté ce caractère espagnol, si antipathique à toute domination étrangère. Cette guerre si légitime, si nationale, si prolongée, réunit tous les cœurs, toutes les volontés en un faisceau indissoluble. < Resserrés dans un coin de terre devenu pour eux toute la patrie , Goths et Romains, vainqueurs et vaincus, étrangers et indigènes, maîtres et esclaves, tous unis dans le même malheur, oublièrent leurs vieilles haines, leur vieil éloignement, leurs vieilles distinctions : il n'y eut plus qu'un nom, qu'une loi, qu'un État, qu'un langage : tous furent égaux dans cet exil*. »

Quelques mots suffiront pour indiquer la marche pro* gressive des chrétiens espagnols dans leurs guerres contre l'islamisme. Le petit royamne des Asturies, fondé par Pelage après sa victoire de Gavadunga , s'agrandit peu à

■ Aug. Thierry.

peu, et devint, à la fia du huitième siècle, le royaume d'Oviédo, ou de Léon, quand cette dernière vUle en fut la capitale sous Ordogno II (913). Au neuvième siècle, se fonda le comté de Barcelone, fruit des conquêtes de Gbarlemagne, ainsi que le royaume de Navarre, d'où sortirent bientôt les royaumes de Gastille et d* Aragon. Au onzième siècle, les Maures étaient refoulés jusqu*au Tage , et perdaient Tolède; mais ils se recrutaient sans cesse par de nouvelles tribus venues d'Afrique; les Almoravides, maîtres de Fez et du Maroc, se ruèrent sur TEspagne (1086) et furent sor le point de l'asservir. Un prince français, Henri de Bourgogne, mit son épée au service des chrétiens, et reçut le Portugal en récompense ; son fils, Alphonse el Conquisêader, fut proclamé roi par ses soldats sur le champ de bataille d'Ourique (1139). Une querelle sanglante entre les Almoravides et les Almohades fut favorable aux progrès des chrétiens. Depuis un siècle le califat ommiade élait tombé sous le poids des dissensions civiles (1031), et de ses débris ^'étaient formés dix-neuf royaumes ai'abes, indépendants les mis des autres, Ferdinand I*, roi de Gastille, combattit pendant trente ans les infidèles avec de grands succès; son règne vit commencer les exploits de Rodrigue de Bivar (le Cid Gampeador) , qu'il avait armé chevalier ; mais c'est sous le règne de son fils, Alphonse YI, que le Cid accomplit ses grands exploits, et conquit le royaume de Valence. Le Cid mourut Tannée même où la première croisade enlevait Jérusalem aux musulmans orientaux (1099).

Après la mort du Cid , Alphonse n'éprouva plus que des revers; Valence fut reprise par les musulmans. Ce prince n'avait que des filles ; il eut la pensée de réunir l'Aragon à la Gastille en donnant la main de sa fille Urraque au

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