‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 141 sur 300 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

roi d'Aragon, Alphonse le Batailleur. Les effets heureux de cette union échouèrent devant l'esprit jaloux et indépendant des grands de Gastille , qui ne voulaient pas obéir à un prince étranger. Ces discordes affaiblirent les chrétiens; pourtant Alphonse , gr&ce à sa bravoure, put emporter d'assaut la redoutable place de Sarragosse , malgré les efforts désespérés des Arabes.

Cependant les Almohades ( unitaires ] , vainqueurs des Almoravides sur la terre d'Afrique , voulurent à leur tour dominer l'Espagne, et y envoyèrent de nombreuses armées. De nouveaux dangers menaçaient les royaumes chrétiens , mais l'enthousiasme ne faiblit pas; deux ordres religieux furent créés, celui de Galatrava et celui de Saint-Jacques de Gompostelle, qui rendirent de grands services à la cause nationale. Les papes faisaient appel à la concorde des princes chrétiens en présence d'un ennemi qui devenait de plus en plus redoutable. Jamais plus grand péril n'avait menacé la catholique Espagne. Les Almohades avaient proclamé la guerre sainte (gacie] ; les musulmans arrivèrent en masses nombreuses à cet appel; ils écrasèrent les Castillans à Uclès. .L'Europe entière s'émut; le pape Inno'cent III invoqua pour l'Espagne le secours de tous les princes chrétiens ; Tolède devint le rendez-vous des croisés ; les Espagnols, unis cette fois par le danger commun, livrèrent la bataille de las Navas de Tolosa (1212), bataille terrible , horriblement sanglante , car le sang des musulmans couvrit un espace de quatre lieues; ils laissèrent, dit-on, cent quatre-vingt-cinq mille cadavres sur ce champ de carnage. Ce fut le coup de mort de la puissance musulmane en Espagne; elle ne fit plus que décliner. L'ordre chevaleresque d'Alcantara et celui d'Avis vinrent ajouter leur force aux ordres précédents; les Baléares furent

nt LITTÉRATURE ESPAGNOLE.

prises; saint Ferdinand de Gastiile enleva Gordoue, et les cloches de Saint-Jacques de Gompostelle , transportées autrefois à Gordoue sur les épaules des chrétiens captifs, furent reportées à Saint-Jacques par les épaules des musulmans. Valence redevint une ville chrétienne; Séville, le Jardin d^ Hercule, capitula devant les armées de Ferdinand, et trois cent mille musulmans en sortirent, pour aller chercher un asile en Afrique ou à Grenade; Xérès et Murcie succombèrent; à la fin du treizième siècle, il ne restait plus aux Maures que le royaume de Grenade. S'il put subsister encore deux siècles, la cause en fut dans les discordes des chrétiens, et les secours envoyés d'Afrique par les Mérinites du Maroc, successeurs des Almohades. Enfin l'union définitive de TAragon et de la Gastiile , par le mariage de Ferdinand et d'Isabelle, amena la chute du dernier rempart des infidèles; Grenade fut prise (1492), et l'Espagne entra dans une phase nouvelle, forte de son unité, pour tenir bientôt le premier rang dans les affaires de l'Europe.

Revenons à la langue espagnole et aux premiei*s monuments de sa littérature. Son développement fut lent et tardif. L'occupation arabe sur l'Espagne presque entière fit prédominer leur idiome pendant plusieurs siècles; mais le fond latin, refoulé parmi le peuple, altéré par l'ignorance, finit par former la langue nationale, le rattutuso vulgaire, qui devint plus tard le castillan. G'est surtout vers le nord, parmi les chrétiens des montagnes, occupés à défendre, puis à reconquérir le sol contre les Arabes, que se forma cet idiome composite, dont on ne trouve les premières traces écrites que vers le douzième siècle. A cette époque, le provençal était déjà une langue complète, arrêtée dans ses formes et sa prosodie, et

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