TREIZIÈME ET QUATORZIÈME SIÈCLES
Gonalo de Berceo. ~- Le poëme à^Àlexandre, par Segura. -^ Alphonse X, poète, législatenry historieD, saTant. — Jean Manuel : sea poèmes. — Jean Ruiz. — Pedro Lopez de Ayala : sa Chronique; son Rimado de Palaeio. — VÀtnadis des Gaules, — Rabbi don Santob : ses Conseils et instructions; sa Danse générale de la Mort. — Chronique de Mnntaner.
Après la poésie impersonnelle des romances, nous allons chercher la poésie individuelle, celle qui se personnifie dans des noms connus. Pour la trouver, il faut arriver au treizième siècle, au règne d'Alphonse le Sage ou le Savant, qui fut le premier prince vraiment éclairé de l'Espagne. (Test alors qu'apparaît Gonzalo de Berceo (1198-1268), auteur de neuf poèmes dont l'objet est toujours religieux ; on y sent l'influence monastique ; l'auteur était un clerc séculier qui sans doute avait étudié dans im couvent ; les meilleurs de ses poèmes sont : celui de Saint-MUlan, les Miraelet de Notre-Dame, et la Plainte de la Vierge. Ses vers sont de quatorze syllabes, en stances monorimes de quatre vers. Une foi profonde et naïve est le mérite principal de ces poésies encore rudes et informes ; certaines scènes ont une grandeur vraiment pathétique : tel est, par exemple, l'entretien du Sauveur en croix avec Marie, sa mère, témoin de ses souffrances, et demandant à mourir en même temps que lui.
Le poème d* Alexandre te Grand, par Jean Alonzo Segura, est évidemment du treizième siècle, puisqirU fut composé d*après le poôme latin en dix chants de Gaulthier de Lille ou de Châtillon, intitulé Alexandreie (1180), que Ton étudiait dans les écoles de préférence aux ouvrages des anciens. Segura, moine d*Astorga, fait du héros macédonien un paladin du moyen âge : il a douze pairs comme Charlemagne, et ses exploits contre la Perse sont ceux d*un bon chevalier; il est également bon chrétien, car on lui chante la messe à son entrée à Jérusalem. Ces anachronismes, fruit d*une naïve ignorance, sont bien dans l'esprit du temps ; les conteurs français Lambert li Gort et Alexandre de Paris n*ont pas fait autrement dans leur Akxandriade, puisée à la même source. Tous ces écrivains prenaient la couleur locale dans le milieu où ils vivaient, et s'inquiétaient peu de savoir si elle ressemblait à celle de l'antiquité.
Alphonse X de Gastille avait plutôt les qualités d'un savant que celles d'un roi ; nommé empereur d'Allemagne en concurrence avec Rodolphe de Habsbourg, il ne sut conserver ni l'empire, ni ses propres Ëtats. Initié aux sciences arabes et à l'alchimie, il cherchait la pierre philosophale, mais il altérait les monnaies et mécontentait son peuple ; aussi fut-il déposé par son fils don Sanche de concert avec les grands, auxquels il fut incapable de résister. Son poème la Chrytopeya a pour sujet la recherche du grand œuvre, l'art de faire de l'or : il en donne la formule, mais en termes si énigmatiques, qu'elle n'a pu encore servir à personne, et elle ne paraît pas l'avoir enrichi lui-même. Ce prince avait été initié à la poésie par les troubadours provençaux ; il a laissé des chanu en dialecte galicien, dont la forme se rapprochait beaucoup de la