CHAPITRE DEUXIÈME
langue d'oc, et qui précéda le castillan comme langue littéraire. La révolte de son fils lui inspira le Livre des plaintes, poème qui est écrit, comme le précédent, en vers de arte mayor (stances dactyliques]. Mais ce sont ses moindres titres à la gloire ; il rendit un plus grand service à sa patrie par le recueil de lois connu sous le titre de Sieu Partidas, parce qu*il est divisé en sept titres. Ce code, qui forme encore aujourd'hui la base de la jurisprudence espagnole, est une compilation du droit romain mêlé à la loi wisigothe (Fuero Juzgo) ; il forme une législation complète, à la fois ecclésiastique et civile. De plus, sous le rapport du style, il offre une élégance, une pureté, une propriété d'expression dont n'approche aucun autre ouvrage du siècle, et il a contribué puissamment au progrès de la langue. Déjà quelques années auparavant, le roi saint Ferdinand avait remplacé le latin par la langue vulgaire dans les actes publics, réforme heureuse, qui ne fut obtenue en France que sous François ^^
On doit encore à Alphonse X, ou au moins à son inspiration, la Chronique générale (TEspagne, œuvre importante pour l'histoire du pays; elle remonte à la création du monde et s'arrête à la mort de saint Ferdinand (1252). C'est un travail consciencieux, où les sources et les traditions sont indiquées, et même contrôlées avec un certain discernement ; il s'y mêle sans doute des fables et des inventions poétiques que reconnaît une critique sévère, mais ce n'en est pas moins la base la plus solide de l'histoire d'Espagne jusqu'au treizième siècle. La partie qui concerne le Gid est fort curieuse ; elle contient des récits provenant des Arabes, qui ne sont pas toujours d'accord avec le Romancero et le Poème du Cid.
Alphonse X cultiva les sciences avec autant de succès
que les lettres. Il attira à sa cour des savants juif&et arabes ainsi que des lettrés français ; comme Gharlemagne, il avait une Académie dan^ son palais de Tolède; il présidait et dirigeait les travaux. L'astronomie était une de ses passionSy et c'est sous ses yeux que furent dressées les TabUt alphonsmes, par l'astronome juif Isaac Aben-Saib et quelques autres savants ; ce travail dura quatre années ; il fut très-utile à la science» malgré certaines erreurs coiTigées depuis par les progrès de l'astronomie, armée de meilleurs instruments.
Le quatorzième et le quinzième siècle sont pour l'Espagne une période de troubles et de discordes civiles qui arrêtent le progrès intérieur, l'organisation unitaire, ainsi que l'expulsion des Mores, si bien préparée par les efforts héroïques des générations précédentes. Le règne de Ferdinand IV, d'abord inquiété par les prétentions des infants de Lacerda, fut signalé pourtant par la prise de Gibraltar sur les Mores, et Alphonse XI, soutenu par les rois de Navarre et de Portugal, put triompher des Mérinites à Tarifa (1340) ; mais le fils de ce prince fut Pierre le Cruel, tyran féroce, assassin de sa femme. Blanche de Bourbon, de ses frères, de ses parents, de ses amis. II fut tué à son tour par son frère, Henri de Transtamare, qui avait amené une invasion française conduite par du Guesclin, tandis que le Prince Noir amenait les Anglais au secours de Pierre. Ces guerres sanglantes^ Jointes à plusieurs minorités troublées par des compétitions diverses, et à la faiblesse de quelques princes, de Henri IV notamment, paralysèrent le développement national, jusqu'à l'avènement et l'union de Ferdinand et d'Isabelle (1469).
Jean Manuel est un des meilleurs écrivains du quatorzième siècle. ïl descendait de saint Ferdinand et fut