‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 151 sur 300 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Le moyen âge aimait partout à entendre un enseignement donné sous la forme de l*aIlégorie et du symbole ; on y employait les sentences, les récits, la fable, le roman ; la peinture et la sculpture attestent le même goût, la même préoccupation générale ; les monuments chrétiens ont un caractère symbolique dans l'ensemble comme dans les détails. La Danse macabre du cimetière de Bàle correspond au poème de don Santob. L*Orient, source de la plupart de nos contes et de nos fables, a été pour beaucoup dans ce travail d'imagination, qui a fait son chemin par les Arabes à travers l'Espagne; il a trouvé un appui dans l'inspiration biblique, orientale elle-même par son origine, sa couleur et sa forme. Chaque peuple se l'est approprié en le transformant d'après son génie et la tournure de son esprit; léger, narquois et satirique en France, il prend en Espagne une allure plus sérieuse et plus dogmatique. On en voit la preuve dans l^s auteurs déjà cités; on la trouverait encore dans le Spéculum vUœ de l'évèque Cyrille ; dan > le Corbacho de Martinez de Tolède ; dans le Bocados de oro (les Bouchées d'or), traduit de l'arabe, et contenant, sous forme de récits, les préceptes de sagesse des anciens philosophes orientaux.

A côté de la Chronique d'Ayala se présente, au seizième siècle, celle de Ramon de Muntaner, qu'on a surnommé le Froissart catalan. Il raconte, en témoin oculaire, avec la simplicité pittoresque d'un soldat, cette singulière expédition que firent des aventuriers aragonais, d'abord au service d'AndronicPaléologue, qui les avait employés contre les Turcs, puis contre les Grecs eux-mêmes, dont la perfidie avait excité leur colère. Leur chef ayant été assassiné à la table même de l'empereur, ils s'en vengèrent en

pillant et ravageant de tous côtés et en s'emparant du daché d'Athènes. Le récit de Muntaner respire le patriotisme et la foi religieuse ; il est écrit en catalan , dialecte frère du provençal , et accuse dans l'auteur un esprit sérieux, un jugement sain et une intelligence cultivée.

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