‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 155 sur 300 · CHAPITRE TROISIÈME. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME. S

prouve qu'une chose, c'est que la passion des vers était singulièrement répandue dans les hautes classes de la société espagnole, mais que la vraie poésie était rare; le goût était généralement altéré par le pédantisme, l'érudition, l'esprit d'imitation.' Les uns continuent les traditions de la poésie {y^ovençale, mettent aux prises les vertus et les vices dans de froides allégories, chantent les lieux communs de l'amour avec une emphase mêlée d'arguties ridicules ; les autres reproduisent Pétrarque et les Italiens, en se modelant sur la forme latine. La pensée, le sentiment, le naturel, ils n'en ont cure; tout se règle sur une langue de convention, dont l'esprit, la recherche, le lieu commun font tous les frais : de là cette monotonie qui dégoûte et désespère le lecteur. Il y avait pourtant de nobles sujets d'inspiration, s'jl y eût eu de vrais poètes; la guerre contre les Mores, si nationale et si pleine de faits héroïques, pouvait fournir un aliment à la muse espagnole, et les grands personnages qui tenaient la lyre savaient au besoin tenir l'épée comme leurs ancêtres. Mais par une erreur singulière qui venait de l'habitude et de l'éducation , ils cherchaient ailleurs leurs types chevaleresques et poétiques ; il les prenaient dans les productions fades et maniérées des troubadours provençaux, négligeant, par un injuste dédain, les sources populaires, les romances nationales auxquelles le peuple restait fidèle. Ce double courant poétique est important à noter : l'un est à la surface ; il vit d'emprunt et d'érudition, il est tout aristocratique et ne brille que de faux éclat et de reflets étrangers; l'autre est simple, sobre, énergique et profond ; il finira par dominer en attirant à lui les hommes de talent , et il fournira au théâtre ses plus nobles sujets. Ce qui a le plus gagné dans ce travail poétique du quinzième siècle, c'est la langue :

elle s*est assouplie , elle a gagné de nouveaux rhythmes dont sauront profiter les bons écrivains du siècle suivant.

Les prosateurs espagnols du quinzième siècle sont peu nombreux, mais ils l'emportent sur les poètes par les qualités sérieuses. Ce sont en général des esprits droits et vigoureux, des bommes qui ont rempli des fonctions importantes dans TÉtat, et qui manient la plume pour la pensée plutôt que pour le plaisir de Timagination; leurs sujets appartiennent à l'histoire, à la politique, à la morale; ils y apportent une netteté d*idées, une fermeté de style qui indiquent des &mes bien trempées, et capables de grandes choses.

Fernand Pérez de Guzman, oncle du marquis de Santillane et neveu du chancelier Ayala, était un de ces hommes d'action et de plume. Il combattit contre les Mores et fut un des adversaires du connétable Alvaro de Luna. Dégoûté du monde, et retiré dans son domaine de Batres, il écrivit les Louanges des grands hommes de l'Espagne, ainsi que les Portraits et Généalogies de trente-quatre personnages importants de son époque. Il a eu en vue les Hommes illustres de Plutarque, et il ne pâlit point à côté de ce grand modèle; ses peintures sont vigoureuses et tracées avec un art remarquable; le style est net, concis, d'une noble et ferme allure. Quoique adversaire du favori de Jean n, il le peint et le juge avec une impartialité qui fait honneur à son caractère d'homme et d'écrivain. Quant à ses poésies, les unes légères et fades , les autres allégoriques et religieuses, elles ont tous les défauts du temps, et ue se relèvent par aucune originalité.

Fernand del Pulgar (1436-1486) imita Pérez de Giizman dans ses Hommes Ultutres de CastilU, et a mérité le surnom de Plutarque espagnol. Gomme son prédécesseur, il possède

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