CHAPITRE IV
SEIZIÈME SIÈCLE
Aperça général sur cette période historique et littéraire. — Boscan AlmogaTer : InnoTation poétique; imitation italienne. — Garcilaso de la Yéga. — Christobal de Castillejo. — Louis Ponce, de Léon : son inspiration religieuse et biblique. — Ferdinand de Herrera. — Diego Hurtado de Mendon : sa carrière publique; son Histoire delà guerre de Grenade; ses poésies; son roman picaresque Lazarille. — Poésie religieuse : saint Jean de la Croix. — Sainte Thérèse.
Le seizième siècle nous montre FEspagne à Tapogée de sa grandeur, dans les lettres comme dans la politique.
Délivrée de la guerre des Mores par la prise de Grenade (1492), Christophe Colomb lui donne, la même année, par la découverte de FAmérique, de vastes contrées où elle pourra porter, sans trouver de limites, son avidité de conquêtes et de trésors. Maltresse de ses destinées intérieures, n'ayant plus de rivalités intestines depuis la réunion des deux couronnes de Castille et d* Aragon, elle ne songe qu*à s*étendre au dehors, et bientôt à dominer FEurope.^ Déjà eUe avait le pied en Italie, par ses possessions de Naples, de la Sicile et de la Sardaigne; elle avait repris la Navarre et le Roussillon; elle dominait sur la plage africaine, où elle possédait Tripoli, Tunis et Oran. Quand Charles-Quint monta au trône (1516), il lui apporta les Pays-Bas et la Franche-Comté, et trois ans après il se faisait nommer empereur d'Allemagne , en dépit des efforts de sou rival, François I*", dès lors, son ambition n*eut plus de bornes,
et il aspira à la monarchie univei^selle. Il put croire un instant que ce grand rêve allait s'accomplir; ses armées furent victorieuses en France , en Allemagne et en Italie. Mais tant de conquêtes, une puissance si démesurée, portaient en elles un germe funeste de faiblesse et de décadence : rhistoire est là pour prouver que toute puissance trop vaste, et qui absorbe des nationalités disparates, ne peut se maintenir longtemps. L*Espagne le vit bien sous Philippe II, et mieux encore sous ses faibles successeurs. Après avoir pressuré les peuples par de lourds impôts, épuisé les trésors de 1* Amérique, sacrifié la fleur de ses populations dans de longues et cruelles guerres d'ambition, expulsé les Mores industrieux et paisibles, elle tomba dans une sorte de marasme, de décadence politique et intellectuelle dont elle n*a pu se relever jusqu'à nos jours.
Mais nous en sommes encore à la période ascendante du génie espagnol, à ce seizième siècle qui est le plus glorieux de son histoire; il va nous montrer la langue arrivant à sa perfection classique sous la plume d*éminents écrivains , la poésie lyrique, le théâtre, le roman, illustrés par des hommes de génie. Si l'imitation italienne lui fait tort parfois , en lui faisant oublier l'inspiration nationale, c'est yn défaut qui lui est commun avec d'autres pays; il était impossible que les Espagnols, vainqueurs et souverains en Italie, n'en rapportassent pas une vive admiration pour cette littérature d'ui^e langue sœur, qui était, depuis deux siècles, si brillante et si féconde.
Ce fut un écrivain catalan, Jean Boscan Almogaver (1500-1544), qui engagea le premier la poésie castillane dans la voie de l'imitation italienne. Quoique né à Barcelone, dans une province où dominait encore le dialecte