‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 159 sur 300 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Après avoir rempli à Vienne les fonction^ de secrétaire d*État près de Ferdinand I*% il revint en Espagne pour se faire chartreux.

Les qualités du vrai poète, que nous regrettons de ne pas trouver dans Garcilaso, nous les rencontrons à un . haut degré chez un religieux augustin, qui lui est un peu postérieur : c'est Louis Ponce de Léon (1527-1591), professeur à l'université de Salamanque. Il appartenait à une illustre famille, et, dès sa première jeunesse, une foi ardente, unie au goût de la retraite, lui fit abandonner le monde pour la vie monastique. L'étude de la théologie n'éteignit point en lui les élans d'une imagination vive et poétique ; elle fournit au contraire des aliments à sa muse toute pénétrée d'enthousiasme religieux. Il ne faisait pas profession de poésie : c'était pour lui un instinct naturel, un délassement à de plus graves travaux; ses chants n'en sont que plus vrais, plus spontanés. La Bible était la source ordinaire de son inspiration, mais il ne dédaignait pas les modèles antiques, et l'on voit que les odes d'Horace étaient souvent présentes à sa pensée. Sa traduction du Cantique des carUiques, faite malgré les défenses canoniques, lui attira un long procès devant le tribunal de l'Inquisition; ce ne fut qu'au bout de cinq années d'enquêtes et de détention qu'il fut enfin déclaré innocent. Il put remonter alors dans sa chaire de Salamanque; de nombreux auditeurs étaient accourus à la réouverture de son cours , poussés par une curiosité naturelle; il la déjoua modestement et avec finesse, en commençant par ces mots : < Nous disions hier... », comme si sa leçon eût été la continuation de la veille. Louis de Léon n'a fait qu'un petit nombre de poésies originales : son recueil se compose de vingt-sept pièces, et ne fut publié que quarante

ans après sa mort. Il chantait pour lui-mftme ou pour quelques amis, sans aucun but de gloire ou de vanité littéraire; et pourtant aucun poëte ne le surpasse pour Téléyation des pensées, la sublimité de l'inspiration, la sensibilité de Tâme et la correction parfaite du stylé. * D n*a rien de commun avec les fades imitateurs de Tltalie et des troubadours ; sMl a formé sa diction élégante et ferme d*après Horace et Pindare, c*est dans la Bible qu*il va puiser ces grandes pensées, ces nobles images qui transportent le lecteur; elles lui viennent naturellement, simplement , sans qu'il paraisse jamais se préoccuper de l'effet; parfois il faiblit, il tombe avec la même ingénuité qu'il a été sublime. On cite, parmi ses plus belles odes : la NuU sereine {Noche ureina) , la Vie des champs, la Prophèlie du Tage, si pleine d'accents patriotiques; la Vie du ciel, toute brûlante d'enthousiasme religieux. Louis de Léon a traduit en vers les Églogues de Virgile, une partie des Odes d'Horace, les Psaumes de David et le livre de Job. Ses Sermons passent aussi en Espagne pour d'excellents modèles.

Ferdinand de Herrera , que les Espagnols ont surnommé le Divin, doit être rapproché de Louis de Léon dont il est l'émule. Moine comme lui, il vécut dans la retraite et l'obscurité ; mais si sa biographie est nulle, ses poésies lui ont valu une grande réputation, un peu surfaite, d'après quelques critiques, et sans rivale selon d'autres. Ce qu'on ne peut refuser à son génie lyrique, c'est la hardiesse jointe à la grandeur; mais on lui reproche un peu de recherche et d'emphase, défauts que ses ipiitateurs ont exagérés, pour aboutir à ce genre faux et maniéré que l'on a nommé le culiisme. Chez Herrera, un art savant et profond est mis au service d'une inspiration vraiment

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