‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 16 sur 300 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Tîne : Seigneur, a-t-il dit, on voit au monde une vivante merveille, une Ame dont l'éclat resplendit jusqu'à nous; c'est la seule beauté qui manque au ciel; il vous la de* mande. Seigneur, et tous- les saints la réclament à grands cris. — Ainsi la noble dame fait l'envie des cieux. »

Le triste pressentiment du poêle ne tarda pas à s'accomplir : Béatrix fut enlevée à la terre le 9 mai 1292. Quelle fut sa douleur, nous n'essayerons pas de le dire ; ses pleurs étaient intarissables; il lui semblait que le monde allait cesser d'exister. Puis , le temps dissipa les ombres du sépulcre, et Béatrix lui apparut plus belle, plus radieuse que jamais , transformée par l'immortalité. C'est là que désormais il va la suivre , dans les régions de la pure lumière. La VUa niim» ^ termine par une apparition merveilleuse, qui est le prélude de^son immortel poème. < Je fus visité d'une admirable vision, en laquelle je contemplai de telles choses, que je formai le propos de ne plus parler de cette femme bénie, jusqu'à l'heure où je pourrais en parler dignement. Maintenant je fais les efforts qui sont en moi pour accomplir mon vœu : elle le sait. Si donc il plaît à Celui pour qui et par qui vivent toutes les créatures de m'accorder quelques années encore, j'espère dire d'elle ce qyi nefiUjamais dit é^muunt autre femme, » Ce que doit dire le poète, nous le savons maintenant, et pour retrouver Béatrix, il faut ouvrir la IHmne Comédie.

Dante pensa longtemps à son poème; il y travailla surtout à Ravenne où, il avait trouvé son dernier asile. Il avait cette puissance d'abstraction qui permet de suivre une idée sans que rien puisse en distraire; c'est ainsi qu'un jour, sur la place publique où se célébrait une fête populaire avec le bruit des jeux et des danses de toute sorte, il resta plongé de longues heures dans une lecture et une méditation qui

avaient trait à son poème, et il ne s'aperçut en rien de ce qui se passait autour de lui.

Mais Dante ne se h&tait pas de publier son poème , voulant sans doute le retoucher et le perfectionner sans cesse; il redoutait peut-être reflet de ses hardiesses, de ses peintures, des allusions et des invectives dont il Tavait semé à l'adresse de certains personnages encore vivants , ou dont les familles étaient puissantes. Il n'en avait paru que des fragments manuscrits, qui excitaient déjà la curiosité; on savait qu'il avait pénétré les sombres profondeurs du séjour étemel de la souflîrance; son voyage idéal dans Tablme de feu Pavait déjà tevètu parkni le peuple d'une sorte de terreur légendaire. Passant un jour par une pue de Vérone, il entendit une femme dire à voix basse à ses compagnes : < Voyez-vous cet homme? C'est lui qui va en enfer quand il veut, et qui en revient, et qui rapporte des nouvelles de ceux qui sont là-bas ». Et une autre répondait : c Ce que tu dis doit être vrai ; ne vois-tu pas comme il a la barbe crépue et le teint noird 7 C'est lé feu et la fumée de l'enfer. >

Le titre de Con^die, donné à un poème épique surnaturel, a de quoi surprendre au premier abord. Dante explique lui-même le choix de ce titre en disant que, la tragédie étant revêtue d'un style sublime, et racontant dés événements terribles terminés par une catastro|die effrayante, la Cimédie raconte, en style simple et ordinaire, une in-» trigue compliquée qui aboutit à un dénoûment heureux, et que tel est le caractère de son œuvre.

Cette distinction, assez mal appropriée au poème, d'après nos idées actuelles, n'est qu'un trait de bizarrerie qui rappelle les subtilités de la scolastique ; elle prouve que Dante» tout inspiré qu'il était, n'échappait point à la recherche analytique du moyen Age : la philosophie était devenue la

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