‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 17 sur 300 · CHAPITRE DEUXIÈME. 3t · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME. 3t

matlresse de sa vie et de sa pensée; cette philosophie, souTent obscure et raffinée» préside à tout l'ensemble de sa composition; étudiée de près et avec soin^ elle a une grandeur réelle ; mais comme elle ne correspond plus à nos idées et à nos besoins, c*est la partie de son poème qui a le plus vieilli , et qui en rend l'intelligence difficile en plus d*un passage.

Hais il reste la partie humaine, générale, universeUe, l'originalité puissante de la création , la sublimité du sentiment et de la peinture , l'expression complète d'un grand génie et de toute une époque. Yoilà ce qui n'a pu Vieillir ni se flétrir; voilà ce qui durera dans les âges autant que le sentiment du beau et du sublime, et, à ce point de vue, la Drnne Comédie est une des plus grandes conceptions poétiques qui existent; elle n'a de rivale que VlUade d'Homère.

L'idée d'un voyage dans l'autre monde, d'une descente aux enfers et d'une vision du ciel n'était pas chose bien rare; on la trouvait déjà dans l'antiquité. V Odyssée nous montre Ulysse poursuivant Âjax aux enfers. Virgile y fait pénétrer son Ënée; cet épisode du troisième livre de YÉnéidê est un des mieux réussis du poème : les peines et les récompenses du royaume de Pluton offrent un grand charme poétique. Platon, dans son Phédon, a quelque idée du purgatoire : l'expiation temporaire y est bien indiquée. D'autres poètes, Euripide, Sophocle, Eschyle, Stace, Lucain, Silius Italiens, ont agité la question ou fait la peinture des lieux de souffrance dans l'autre vie. Mais , pour les païens de la décadence, ces récits merveilleux n'étaient que des fictions sans valeur ; on sait comment Lucain et Lucrèce ont traité ces questions d'un surnaturel démodé.

Pour les chrétiens, au contraire, les châtiments et les

récompenses après la mort, base de la rédemption, faisaient partie intégrante et fondamentale du dogme religieux ; cette pensée dominait la vie chrétienne et présidait à tous les actes de la volonté ; elle était donc la préoccupation constante de l'homme de foi, le but final et décisif de Texistence future ; elle soutenait la volonté morale du fidèle comme la constance du martyr. La foi naïve et forte du moyen âge devait donc se représenter souvent le tableau de cette existence d*outre-tombe, terme fatal et inéluctable de la vie présente. De là aux visions de l'ascétisme et aux créations de la poésie , il n'y avait qu'un pas ; il fut franchi bien souvent, et nous en trouvons plus d'une trace dans les productions artistiques et poétiques de l'époque , surtout à l'approche de l'an 1 000 , où la fin du monde, prévue et annoncée, multipliait les terreurs de la catastrophe finale. L'effet s'en prolongea au delà du terme fixé , car, si le monde n'était pas détruit d'un seul coup, chacun ne devait pas moins prévoir sa fin individuelle.

c Les visions qui remplissent l'Ancien et le Nouveau Testament inspirèrent les premières légendes ; les martyrs furent visités dans leurs prisons par des visions prophétiques; les anachorètes de la Tbébalde et les moines du mont Athos Rivaient des récits qui trouvèrent écho dans les monastères d'Irlande et dans les cellules du mont Gassin. Les troubadours provençaux, les trouvères de France, les meistersœngers de l'Allemagne et les derniers scaldes Scandinaves s'emparèrent des données fournies par les hagiographes, et y ajoutèrent le charme du rhythme et du chant. Rien n'était plus célèbre au treizième siècle que les songes de sainte Perpétue et de saint Gyprien, le pèlerinage de saint Hacaire Romain au paradis terrestre, le ravissement du jeune Albéric , le purgatoire de saint Patrick

Page 1