CHAPITRE V
SBIZIÀMS SIÀGLE.
Le romancero est l'épopée nationale. — Les Caroléides. — ErciUa y Zuniga : son épopée rAraucanU. — La pastorale. — Montemayor : sa Diane; ses continuateurs Alonzo Ferez et Gil Polo; la Diane comparée à VAstrée, — Le théâtre espagnol : ses origines ; jeux scéniques dans les fêtes religieuses. — Le théâtre profane au quinzième siècle : la Comedia aUêgorica de Yillena. — Le Mingo Revulgo de Cota. — La Célestine, — Le théâtre au seizième siècle. — Juan de la Encina'. — Gil Yicente. — Torrès Naharro. — Lope de Rueda. — Imitation de l'antiquité classique. — École de Valence. —- Jean de la Cueva. — Ferez de OliTa. — Yiruez. — Bermudez.
La véritable épopée de TEspagne , c'est son romancero : elle n*ena point d'autre. Là, ce n'est point un écrivain particulier qui chante et compose; c'est la nation entière qui célèbre ses héros et son histoire dans un concert anonyme. Ce sont, il est vrai, des fragments épars, disjech wiembra poetœ; ces rapsodies n'ont pas trouvé un Homère. La langue, encore rude et pauvre, manqua au poète et le poète manqua à la langue ; le souffle épique passa sur la nation , sans se fixer sur un homme de génie qui fût l'interprète du sentiment général et le créateur d'une oeuvre grande et personnelle. Mais ces fragments, ces ébauches d'un âge héroïque n'en constituent pas moins, dans leur ensemble, une véritable épopée nationale, précieux trésor de l'inspiration populaire.
An seizième siècle, la grandeur et la puissance de l'Espagne sous Charles-Quint provoquèrent plusieurs tentatives
d*épopée; il n'en est pas une qui n'ait avorté misérablement : on trouve le Carlo famoto de Zapata, le Carlo wcUh rioso d'Urrea, la Carolea de Sampere, etc. Le seul poème épique qui mérite quelque attention est r/4raucaiiad*Erciiia. Don Alonzo de Ercilla y Zuâîga (1533-1596) fut d*abord attaché à Philippe n, encore infant, en qualité de page, et suivit ce jeune prince dans ses voyages en Italie, aux Pays-Bas et en Angleterre ; il assista à son mariage avec la reine Marie. A vingt-deux ans, il partit pour le Chili, dont les habitants venaient de se révolter contre TEspagne, et prit une part active à la guerre entreprise pour soumettre les sauvages peuplades de la province d'Arauco. Pendant les huit années qu'il passa au milieu de cette lutte meurtrière, Ercilla eut à essuyer bien des fatigues, à braver bien des dangers. Il assista à sept batailles, et, en même temps que ces événements s'accomplissaient sous ses yeux, il les célébrait en vers, écrivant, tantôt sur des chiffons de papier, tantôt sur du parchemin, ou même sur des morceaux de cuir : c'est ainsi qu'il fit les quinze premiers chants de rAraucanie. Il revint alors en Espagne , épuisé par la maladie , espérant que ses services et ses vers lui attireraient quelque faveur; mais le sombre Philippe II songeait alors à réduire les Pays-Bas et délaissa son ancien page, qui devint pourtant chambellan de l'empereur Maximilien. Ce titre honorifique ne pouvait le préserver de la misère , dans laquelle il tomba peu à peu ; en vain , en ajoutant de nouveaux chants à son poème , y introduisit-il des éloges flatteurs pour le roi d'Espagne, celui-ci resta sourd aux accents du poète. En terminant son œuvre, il rappelle ses courses lointaines, ses fatigues, ses dangers, ses souffrances; un fier découragement s'exhale de ses derniers vers : < Quoique l'obstination de mon étoile me