‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 164 sur 300 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

la pastorale, dont Sannazar, Espagnol d'origine, avait donné le modèle en Italie par son Arcadie. La France et TEsçagne prirent goût à ces bergeries sentimentales : Honoré d'Urfé en tira son Asirée; Montemayor composa sa Diane, qui eut un prodigieux retentissement.

George de Montemayor (1520-1562) était Portugais d'origine, mais il écrivit en castillan. Avant lui déjà, un autre auteur portugais, Miranda, avait écrit des poitorales en espagnol , d'après les modèles italiens ; mais ses principaux ouvrages sont en langue portugaise. Quant à Montemayor, après avoir servi dans l'armée en Portugal , il fut attaché à l'infant don Philippe d'Espagne, depuis Philippe m, comme chantre de sa chapelle , et le suivit dans ses voyages en Italie , en Allemagne et aux Pays-Bas. L'Espagne devint pour lui une seconde patrie ; il en adopta la langue dans ses œuvres poétiques. Sa Diane est un écho de ÏAreadie de Sannazar, mais elle exprime des sentiments personnels, une passion malheureuse qu'il éprouva pour une Castillane célébrée par lui sous le nom de Marfida, et qu*ii trouva mariée au retour de ses voyages. Il la peint dans sa pastorale sous le nom de Diane, tandis que lui-même est le berger Sùreno; les autres bergers du poëme sont aussi des personnages réels. Ce n'est donc au fond qu'une allégorie champêtre, tout aussi bien que les romans fameux de VAstrée et de la Clélie, qui eurent tant de vogue parmi les courtisans de Henri lY et de Louis XIII : ces allusions transparentes faisaient les délices de la belle société de ce temps. Le récit de la Diane est entremêlé de poésies lyriques qui en font le mérite principal ; elles ont une grftce fine et piquante, mêlée de subtilité et de recherche; mais le style en général est très-pur, et la prose a du nombre, de l'élégance, ce qui explique le succès du livre. Du

reste, les discussions philosophiques et quintessenciées sur l'amour, dont il est parsemé, étaient bien dans le goût de l'époque et ne pouvaient que flatter les nombreux lecteurs. Le mélange de la mythologie avec les idées chrétiennes ne choquait pas davantage. La Diane resta inachevée : rappelé en Portugal, Hontemayor mourut, dit-on, de mort violente. Il avait chargé un médecin, nommé Alonzo Ferez, de continuer son œuvre; cette seconde partie est bien inférieure à la première. Gil Polo, professeur à l'université de Valence, y ajouta cinq livres, sous le titre de Diana enamorada, et y mit plus de goût et d'élégance que Montemayor lui-même. En comparant par la lecture la Diane avec YAstrée d'Honoré d'Urfé, on retrouve exactement le même cadre , les mêmes aventures, le même paysage. La rivière de l'Esle est devenu le Lignon; des personnages semblables expriment des sentiments analogues ; les deux romans ont intéressé au même degré les deux pays, tant ce genre factice avait produit un engouement universel. Il se prolongea dans le siècle suivant: Cervantes y sacrifia dans sa Galatée et Lope de Véga dans son Arcadie.

Nous sommes un peu en retard vis-à-vis du théâtre espagnol, car ses premiers essais sont antérieurs au seizième siècle; mais il nous a semblé préférable d'en indiquer les origines au moment où il va prendre une place importante , et même prépondérante, dans la littérature nationale ; ses débuts, n'ayant qu'une médiocre importance, trouveront ici la place qui leur convient.

Comme l'a très-bien fait remarquer un critique qui s'est surtout occupé des origines du théâtre >, l'art dramatique

■ M4GNiif, Us Origines du théâtre.

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