CHAPITRE CINQUIÈME. 3S
est né partout dans les jeux et les divertissements publics, et surtout dans les fêtes religieuses : en Grèce , dans les fêtes de Bacchus; en Europe, au moyen Age, dans les grandes solennités de TÉglise. C'est la poésie lyrique, chantée et accompagnée de danses, qui a créé la poésie dramatique ; du chœur dithyrambique est sorti le drame chez les Grecs ; Eschyle Ta pris dans le tombereau de Thespis.
Les Espagnols, très-passionnés pour les jeux publics, la course, la bague, la paume, la danse, les combats de taureaux, prirent de bonne heure. un vif plaisir à ces divers exercices, où tout, d'abord, était fait pour frapper les yeux et les sens. Dès le douzième siècle, les jongleurs paraissaient dans les cérémonies publiques, aux noces, aux fêtes données par les grands seigneurs ; ils chantaient les romances nationales, en s'accompagnant de la rote et du tbéorbe ; ils y ajoutaient parfois des jeux mimiques et des tours de passe-passe, qui servirent à déconsidérer leur talent poétique.
Les traditions païennes avaient laissé dans le peuple certains jeux et divertissements dont le clergé eut beaucoup de peine à combattre les habitudes invétérées ; on en voit la preuve dans les décrets des conciles, notamment celui de Tolède, en 589, qui défend les danses et les chants profanes introduits jusque dans les cérémonies du culte chrétien. Malgré ces prohibitions réitérées, les abus continuèrent; le clergé, impuissant à les extirper, songea à faire tourner ces divertissements au profit du sentiment religieux ; il les associa aux fêtes de l'Église, les purifia autant qu'il put, les dirigea en y prenant part. C'est ainsi que les solennités de Noël et de Pâques étaient l'occasion de jeux scéniques, où figuraient les mages, les bergers, ou les phases douloureuses de la passion du Sauveur. Les ui. 2<
zn LITTÉRATURE ESPAGNOLE.
Mystères eurent donc leur vogue en Espagne aussi bien qu*en France et ailleurs ; il s'y mêla aussi des abus qu'il fallut réprimer. Le code des SUte Partidas en donne la preuve dans un article où il défend aux clercs de composer des farces satiriques mêlées de grossièretés et d'indécences, de les laisser jouer dans les églises, qui doivent rester des maisons de prière, et non des cavernes de voleurs. Mais le même article permet les représentations pieuses, celles de la Nativité et de la Résurrection, qui peuvent servir à édifier les fidèles.
Ce n'est guère qu'au quinzième siècle que le thé&tre commença à se séculariser, mais en gardant un caractère national. On cite une pièce intitulée Comedia alUgcrica, composée par le marquis de Villena, et jouée au couronnement de Ferdinand d'Aragon, en 1414. Les premières pièces populaires avaient pour la plupart un caractère pastoral, sous forme de récits dialogues entremêlés de chants rustiques. Dans la pièce qui a pour titre Mîngo Rewdgo, par Cota, la pastorale tourne à la satire politique ; on lui donne la date de 1472.
Au quinzième siècle appartient encore la CélesHne, sorte de roman dialogué qui n'était pas fait pour le théâtre, mais dont la forme dramatique servit de modèle à beaucoup de pièces représentant la vie commune avec une crudité que ne peut toujours excuser l'intention morale. On en attribue la composition à Rodrigo de Cota, auteur du Mingo Rmndgo, mais elle fut continuée et développée au seizième siècle par le bachelier Femand de Rojas, qui lui donna plus d'intérêt et de variété. On y admire une grande finesse d'observation, des caractères pleins de force et de vérité, des traits plaisants, semés de proverbes et de sentences qui vont jusqu'à la profondeur. Notre goât actuel