CHAPITRE YI
Migoel de Cenrantes : sa biographie; sa CKUatée; son théâtre; son Don Q»khotte; ses Nouvelles. — Étude critique sur Don Quichotte. — U Voyage au Parnasse. — Critique littéraire de Cerrantes.
£n suivant Thistoire du théâtre espagnol, nous arrivons à la limite qui sépare le seizième du dix-septième siècle, époque où Tart dramatique prend son dernier et merveilleux essor. Là nous trouvons un écrivain dont le génie fait époque, et qui domine tous ses contemporains, comme ces monuments d'une grande cité dont les sommets apparaissent de loin à l'œil du voyageur avant qu'il puisse distinguer les autres édifices : nous voulons parler de Miguel de Cervantes. Quoique ses comédies ne soient pas la partie importante de ses œuvres, nous allons l'étudier dans l'ensemble de ses écrits, ne pouvant nous résoudre à les diviser suivant les genres et à les disperser dans divers chapitres : l'unité de l'homme nous parait préférable à Tunité factice des genres littéraires. Ses œuvres, d'ailleurs, ne sont-elles pas toutes des tableaux de la vie humaine, de vrais drames satiriques et comiques ? Don Quichotte n'est-il pas
Une ample comédie à cent actes divers?
Miguel de Cervantes Saavedra (1547-1616) naquit à Alcala de Henarez, bourg de la Nouvelle-Castille, à cinq lieues de Madrid. Son père, pauvre hidalgo qui avait fait plusieurs
campagnes, renvoya étudier à Madrid, rêvant pour lui les honneurs ecclésiastiques ; mais de bonne heure il se sentit piqué du démon des vers, et il en fit en l'honneur d'Isabelle de Valois, lorsqu'elle fit son entrée à Madrid pour épouser Philippe II, en 1568; bien plus, il entra dans la troupe de Lope de Rueda, et joua avec lui ces drames en plein vent qui amusaient tant les Espagnols. Ce n*était que le prélude d*une carrière qui devait être si remplie d'aventures et de misère. Nous le voyons d'abord attaché, en qualité de secrétaire valet de chambre, au cardinal Aquaviva, qui était venu à Madrid pour demander des secours contre les Turcs ; il suivit ce prélatà Rome, et l'année suivante il s'engagea parmi les troupes qui allaient combattre à Lépante. Cervantes, placé aux premiers rangs, fit preuve d'une grande bravoure dans cette bataille fameuse, et y reçut trois coups d'arquebuse dont l'un lui estropia la main gauche pour le reste de ses jours. A peine guéri, il reprit les armes, fit unep campagne en Afrique, et s'embarqua pour revenir en Espagne ; mais son vaisseau fut capturé par un corsaire, et il alla passer cinq années comme esclave à Alger. Il a raconté lui-même, dans sa nouvelle du Captif, les détails romanesques de sa captivité, les diverses tentatives d'évasion qu'il essaya, toujours sans succès, et la crainte respectueuse que son courage et son sang-froid inspiraient à ses maîtres. Il fut enfin délivré, moyennant. rançon, par les frères de la Merci. Mais cette rançon, payée par sa famille, avait épuisé ses ressources; Cervantes rentra au service militaire, et fit trois nouvelles campagnes, après lesquelles il se maria et chercha à vivre de sa plume ; sa femme était de noble naissance, mais sans fortune. Ce fut un mariage d'amour, qui lui inspira sa Galatée, reflet de la Diane de Montemayor. Ce genre faux