CHAPITRE DEUXIÈME
et les courses miraculeuses de saint Brendan. Ainsi de nombreux exemples et toutes les habitudes littéraires contemporaines s'accordaient avec la foi, qui nous montre les régions étemeUes comme la patile de l*àme , comme le but naturel de la pensée. Dante le comprit» et, franchissant les limites de l'espace et du temps pour entrer dans le triple royaume dont là mort ouvre les portes, il plaça de prime abord la scène de son poème dans l'infini. Là, il se trouvait au rendez-vous des générations , Jouissant du même horizon qui sera celui du jugement universel, et qui embrassera toutes les familles du genre humain ; il assistait à la solution définitive de Ténigme des révolutions ; il Jugeait les peuples et les chefs des peuples; il était à' la place de celui qui un Jour cessera d'être patient, puisant à son gré au trésor des récompenses et des peines. Il avait l'occasion de dérouler avec la magnificence de l'épopée les théories politiques, et d'exercer, avec cette verge de la satire que les prophètes n'ont pas dédaigné de manier, ses impitoyables vengeances. Là, comme un voyageur attendu à l'arrivée , il rencontrait Béatrix , qui l'avait précédé de quelques Jours ; il la voyait telle qu'il se l'était faite dans ses plus beaux rêves ; il la possédait dans son triomphe. Enfin toutes choses lui apparaissaient dans leur juste point de vue ; il dominait la création, dont nul recoin obscur ne pouvait lui échapper ; il était convié à faire voir la prodigieuse variété de ses connaissances et la profondeur de ses aperçus; il pouvait, poète didactique, ébaucher le système entier d'une admirable philosophie '. »
Poète chrétien avant tout, et orthodoxe, quoi qu'on en ait dit, Dante basa son poème sur le symbolisme, dont la
> OuHAM, j)anU et la pMlosophie catMi^e, p. 120. m. 3
Bible et le langage chrétien lui fournissaient de nombreux modèles; ses personnages sont réels dans sa pensée, mais ils ont tous une signification allégorique dans son intention. Du reste, en dédiant son Paradis à Gan Grande délia Scala , il explique lui-même l'idée dont nous parlons, c U faut savoir que le sens de cet ouvrage n'est point simple, mais multiple. Le premier sens est celui qui se montre sous la lettre, le second est celui qui se cache sous les choses énoncées par la lettre : le premier se nomme littéral , le second allégorique ou moral. » Cette même explication est encore développée et corroborée par Giacopo di Dante, fils du poète, qui a donné un commentaire d'une partie de la Divine Comédie; il dit formellement que Iç principal dessein de l'auteur est de montrer, sous des couleurs figuratives , les trois manières d'être de la race humaine : le vice par l'Enfer, le passage du vice à la vertu par le Purgatoire, enfin la perfection, la vertu idéale par le Paradis.
Le voyage dantesque commence pendant la semaine sainte de l'an 1300. Le poète, égaré dans une forêt ténébreuse, s'arrête au pied d'une montagne dont trois monstres lui disputent l'accès. Béatrlx, avertie par la bienheureuse Lucie, et par ordre de la Reine des cieux, envoie à son secours le chantre d'Ënée, le poète favori de Dante, Virgile, qui est chargé de le conduire dans les demeures souterraines. Ils arrivent ensemble au seuil d'une caverne; sur la porte d'entrée sont écrites ces sombres paroles :
< Par moi l'on va dans la cité désolée, par moi l'on va dans la douleur éternelle, par moi l'on va chez la race perdue.
c La justice a guidé mon sublime Créateur ; je suis l'œu-