CHAPITRE SIXIÈME
de l'imagination et les pensées cachées de rame, en mettant en scène des figures morales \ aux applaudissements unanimes des spectateurs. Je composai à cette époque de Tingt à trente comédies , sans que le public lançât aux acteurs ni cornichons, ni oranges, ni rien de ce que les spectateurs jettent aux mauvais comédiens ; elles suivirent leur carrière sans sifUets, sans confusion et sans clameur. J'eus à m*occuper d'autre chose ; je laissai la plume et les comédies, et, sur ces entrefaites, parut un prodige de naturel, Lope de Vega, qui prit le sceptre du théâtre. Il remplit le monde de pièces convenables, heureusement conduites, et en si grand nombre que dix mille feuilles ne pourraient les contenir... On a pourtant estimé aussi les travaux du docteur Ramon, qui fut le plus grand travailleur après Lope. On estime aussi les intrigues ingénieuses du licencié Michel Sanchez ; la gravité de Mira de Mescua ; la sagesse et la prodigieuse invention du chanoine Tarrega; la douceur de Guilhem de Castro; la finesse d'Âguilar ; le bruit, le faste et la grandeur de Louis Yelez de Guevara; la finesse d'esprit de Galarza, dont les pièces sont écrites en patois provincial; enfin, les tromperies d'amour de Gaspard d'Avila. »
On voit que si Cervantes se rend justice à lui-même, il n'est pas avare d'éloges pour ses concurrents, notamment pour Lope de Yega, lequel, de son côté, attendit quatorze années après la mort de Cervantes pour rendre hommage à son génie.
* Ces êtres allégoriques sont la Faim, la Peste, la Guerre, la Nécessité, l'Oecasion, la Renommée, dans la Nutnancia.