CHAPITRE SEPTIÈME
Vordre de la Merci, offre une situation analogue à celle de la Ztnre de Voltaire : on y voit une jeune Espagnole, esclave en Afrique, oubliant sa patrie et son culte, et sur le point d'épouser son maître, sultan de Fez, lorsque arrivent deux religieux de la Merci pour racheter les captifs ; l'un d'eux est le propre frère de Flora, le Nérestande cette autre Zaïre; son éloquence, sa charité, son dévouement triomphent enfin des obstacles ; la jeune esclave sacrifie sa passion à sa foi pour entrer dans la vie religieuse.
Guilhem de Castro (1569-1631), dont le nom est associé à celui de Corneille par le sujet du Cid, est un des poètes dramatiques les plus remarquables de ce siècle. Il avait débuté au théâtre avant Lope de Yega, qui reconnaissait son mérite et le tenait en haute estime. Ses pièces, au nombre de cinquante environ, n'ont pas toutes été publiées; son recueil n'en contient que huit, dont les sujets sont très-variés : il y a des pièces religieuses, des comédies, des drames. La plus importante, la plus belle est sans contredit la Jeunette du Cid, dont Corneille a imité, presque copié les plus belles scènes , si bien que le jaloux Scudéri n'avait pas tout à fait tort, quand il lui en faisait reproche en termes peu courtois :
Ingrat, rends-moi moa Cid jusques au dernier mot.
La Jeunette du Cid est plus qu'une tragédie, c'est presque une épopée ; le sujet est traité en deux parties et comprend six journées. Dans ce large cadre , Guilhem de Castro a traité tous les événements qui concernent son héros jusqu'à l'avènement d'Alphonse YL Dans la première partie, c'est l'affront du vieux don Diègue, la vengeance qu'en tire le Cid, son mariage avec Ghimène; dans la seconde, c'est la noble conduite du héros depuis la mort de Ferdi-
nand le Grand , et le siège de Zamora où doit s'expier Tassassinat de don Sanche. Malgré ces événements multipleSi il règne dans Tensemble un intérêt puissant qui produit Tunitè ; la grande figure du Cid domine tout le drame et lui communique la chaleur et la vie. Le poète a tiré habilement parti des vieilles romances populaires » dont quelques-unes sont adaptées presque intégralement à son texte, et lui communiquent cette saveur de simplicité primitive et chevaleresque dont Corneille a su également profiter.
Une des plus belles scènes de la seconde partie, c'est celle qui peint le combat en champ clos des quatre fils d* Arias Gonzalès, champions de Zamora, contre don Diègue de Lara, qui a porté le défi. Ce noble vieillard, quia accepté la lutte pour lui et ses enfants, qui les arme, les bénit pour le combat et en voit succomber trois dans la lice, est un héros digne d'Homère.
Dans la première partie, où Corneille a puisé sa pièce, la querelle de don Diègue avec le comte, le soufflet, la provocation de Rodrigue, son triomphe , la reconnaissance du vieillard envers le fils valeureux qui a lavé sa honte, tout cela se trouve dans la pièce de Guilhem de Castro avec un degré de naturel, de grandeur pathétique que Corneille lui-même n'a pas égalé. Le poète français n'a pu mieux faire , en certains endroits , que de traduire textuellement les paroles de son modèle : telle est la fameuse scène de la provocation, qu'il n'a eu qu'à mettre eu vers.
Rodrigue, c Je veux te parler. Ce vieillard que tu vois là, sais-tu quel il est ? — Je le sais. — Sais-tu qu'il fut la valeur même, l'honneur même? — Eh bienT — Et que ce sang , ce courage qui brillent dans mes yeux , c'est mon sang et le sien , le sais-tu 7 — Eh ! que m'importe de le