‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 177 sur 300 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

savoir? — Allons ailleurs, et je t'apprendrai pourquoi cela l'importe. » *

Nous pouvons toujours admirer Corneille, qui n'a pas déguisé son emprunt au Cid espagnol, et qui, au besoin, savait trouver seul le sublime; mais il faut rendre ici rhommage qui convient à Guilhem de Castro ; il reste sans rival dans plusieurs scènes de sa Jeunesse du Cid.

L'auteur dramatique qui éclipsa tous ses contemporains, tant par sa fécondité prodigieuse que par le succès éclatant de ses pièces, fut Lope de Vega Carpio (1562-1635). Il naquit à Madrid, de parents nobles mais pauvres; il les perdit jeune encore, et ses études, commencées au collège des jésuites, continuées à l'université d'Àlcala, demeurèrent inachevées.

D'après ses biographes , il fut dès l'enfance un prodige d'imagination, et, des l'âge de cinq ans, il avait composé des vers et des couplets. A quinze ans, il commença une vie aventureuse et désordonnée, plus d'une fois malheureuse, qiri se termina par son entrée dans les ordres. Nous le voyons d'abord au service militaire, puis secrétaire du duc d'Albe, petit-fils de l'ancien gouverneur des Pays-Bas; marié une première fois à une personne distinguée, il la perdit bientôt. A la suite d'un duel , il fut mis en prison , échappa à la peine capitale grâce à ses protecteurs, mais il fut banni, et se relira à Valence, où il fut accueilli avec distinction par les auteurs dramatiques de cette école dont nous avons parlé ; il y connut Aguilar, Tarrega , Guilhem de Castro , et leur exemple dut contribuer à lui donner le goût du théâtre pour lequel il avait une vocation innée. Mais ses chagrins domestiques le poussèrent à reprendre les armes : il monta sur Y Invincible Armada , que Philippe II envoyait contre l'Angleterre , et que dispersèrent les tem-

pétes de concert avec les flottes d'Elisabeth. Il avait rencontré sur son vaisseau un frère qu'il n'avait pas vu depuis son enfance : il eut la douleur de le voir mourir entre ses bras. Ce fut pendant celte campagne malheureuse qu'il composa son poème épique en vingt chants, le Hermosura de Angelka, qui est comme une suite du Roland de l'Ariosle. U s'était déjà fait connaître par un roman pastoral, PArtadie, dédiée au duc d'Albe ; mais l'époque de sa grande activité littéraire ne commence qu'un peu plus tard. De retour à Madrid en 1590, il fut secrétaire du comte de Lémos , et contracta un second mariage dont le bonheur fut une halte dans sa vie de tribulations et de souffrances. C'est de cette époque que datent ses grands succès au théâtre, et cette immense popularité dont il n'y a pas un second exemple. Lope était acclamé dans les rues, salué par la foule comme une merveille de la neUure ; les enfants le suivaient avec des cris de joie ; le pape Urbain VIII lui envoyait la croix deMalte, le titre de docteur en théologie, le diplôme d'intendant de la chambre apostolique r il devint familier de l'Inquisition, titre recherché comme des plus honorable^. C'était à qui, parmi les rois et les grands, serait le Mécène de ce phénix des esprits (fenix de las ingenios)\ l'Italie comme l'Espagne retentissait de sa gloire. Hais cette gloire , il eut à l'expier par de cruelles douleurs de famille : son fils atné mourut à l'Age de six ans ; sa femme ne tarda pas à le suivre dans la tombe ; la frêle santé de sa dernière fille, Feliciana, lui donnait de continuelles inquiétudes ; son autre fille bien-aimée, Marcelle, douée de rares facultés , alla ensevelir ses jours sous le voile des carmélites de Sainte-Thérèse. Lope de Yega finit par être entraîné lui-même dans les voies de la pénitence religieuse, à l'exeno* pie de sa fille; il devint prêtre en 1607, et fit partie d'one

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