‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 181 sur 300 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

ments populaires; tout autre art, plus poli, plus parfait, eût été impossible et presque contre nature.

Un mot sur les Autos sacramentales, ainsi nommés parce qu'on les représentait le jour de la fête do Saint-Sacrement ou Fête-Dieu. C'était, en Espagne, la fêle religieuse et populaire par excellence; il en fut du reste ainsi en France dans nos grandes villes du Midi, où les processions de ce jour saint offrent encore le déploiement d'une grande magnificence, avec costumes allégoriques. C'est donc à l'ombre de la religion et du sanctuaire que fleurit ce théâtre des Autos, qui convenait à l'imagination vive, à la foi ardente et démonstrative des Espagnols. Comme il s'y mêlait souvent un côté profane et licencieux, et que la gravité des mœurs religieuses y recevait plus d'une atteinte, l'autorité ecclésiastique en prit parfois ombrage; l'Inquisition s'en émut, et plus d'une ordonnance royale intervint pour interdire ou rectifier des représentations mêlées de danses et de chants, qui portaient atteinte aux mœurs. Néanmoins le drame religieux avait pris de telles racines, il entrait tellement dans les goûts populaires, qu'il conserva son existence, épuré autant que possible par des auteur^ revêtus du sacerdoce, comme Lope de Vega et Calderon, mais conservant toujours une liberté grande d'allures et de langage. Quand les étrangers assistaient par hasard à ces représentations, qui étaient un accessoire obligé du culte, ils ne pouvaient manquer d'être scandalisés de ces démonstrations insolites, et leurs récits en offrent plus d'un témoignage : mais il faut envisager un peuple et sa littérature dans leur essence propre, telle qu'elle résulte du caractère, des croyances et des mœurs, et non par le contraste qu'elle offre avec les autres pays.

Montalvan, disciple, ami et biographe de Lope de Vega, écrivit comme lui des comédies et des Atuos, qui offrent le même caractère d'improvisation rapide et de iiioa?ement irrégulier. Il force plus que lui le côté allégorique de la scène; dans son Polyphème, le cyclope représente le judaïsme; ses compagnons et les nymphes sont la Foi, VincréduUU, etc., figurant à côté de la Me, de YAfpii^ personnifiés. Les Nouvelles de Montai van ne manquent pas de mérite.

Mais le drame religieux prit bientôt un développement plus complet, un caractère littéraire plus élevé sous h plume de Calderon, qui mit à son service tout le feu et l'enthousiasme de son génie» en Tomant [des richesses de la poésie la plus noble et la plus haute.

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