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CHAPITRE VIII

DIX-SEPTIÉME SIÈCLE

Soite da théâtre. — Calderon de la Barca : idée de son théâtre; sentiments qnMl exprime; divergence de la critique à son sujet. — Antonio de Solis, auteur dramatique et historien. — Tirso de Molina (Gahnel Tellez) : ses pièces, et particulièrement son Don Juan, imité par Molière. — Moreto. — Francisco de Rojas. — Emprunts du théâtre fraoçais an théâtre espagnol. — Âlarcon : injuste oubli de son mérite; sa Verdad Sospeehosa, d*où Corneille a tiré le Menteur. — Vue générale sur le théâtre espagnol : son caractère et son originalité ; son influence sur nos écrîTains et notre goût; ses défauts.

Don Pedro Calderon de la Barca (1600-1681), né à Madrid, fit ses études au Collège impérial et les compléta à l'université de Salamanque. Il montra de bonne heure des dispositions pour l'art dramatique; mais avant d'en faire son occupation, il fit dans l'armée espagnole plu* sieurs campagnes en Flandre et en Italie; ce fut pour lui une école et une préparation à ces vives peintures de l'honneur et du devoir, qu'il a semées avec profusion dans ses pièces. Quand il revint à Madrid après dix années de service, il trouva la place vide au théâtre par la mort de Lope de Yega (1635), et il ne tarda pas à la remplir avec gloire. Philippe lY, qui avait le goût de la scène et composait lui-même des pièces, distingua Calderon, lui donna l'ordre de Saint-Jacques et le chargea des spectacles de la cour. C'était une bonne fortune pour un écrivain qui ne demandait qu'à produire et dont les pièces m. S3

étaient ainsi assurées de recevoir un accueil sympathique. Devenu intendant des fêtes royales» pensionné du roi, Calderon fut en grande faveur à la cour; il entra dans les ordres, sans cesser, comme Lope de Yega, d'écrire pour le théâtre; mais dans cette seconde partie de son existence, il consacra surtout son talent à la composition des pièces religieuses, de plus en plus recherchées du public, et les principales villes de TEspagne se disputaient ses Autos pour rehausser la célébration des grandes fêtes de FËglise. A quatre-vingt-un ans, pendant sa dernière maladie, Calderon tenait encore la plume pour achever son dernier Auto, le Jour du Saint-Soerement : il ne put aller jusqu'à la fin de cette pièce. Sa mort excita d'immenses regrets, et son éloge funèbre fut prononcé dans les églises d'Italie et de Portugal aussi bien que dans celles d'Espagne.

Moins fécond que Lope de Yega , Calderon a pourtant écrit un grand nombre de pièces : cent onze comédies et soixante-dix Actes du Saint-Sacrement, sans compter les prologues et les intermèdes, ainsi que des poèmes et diverses pièces de vers. Parmi ses drames, les uns sont héroïques ou historiques, d'autres sont des comédies de cape et d'épée. La composition est, en général, plus réfl<^chie, plus régulière que celle de Lope de Yega; il y mettait plus de loisir et d'étude et ne se pliait pas, comme Lope, à la nécessité d'une improvisation journalière. On remarque surtout son talent pour nouer une intrigue compliquée, multiplier les incidents, produire des situations fortes et amener un dénoûment naturel. Son goût est pur, son style soutenu, éon dialogue facile et entraînant. Il se plait surtout à peindre ce sentiment exalté de l'honneur dont le type idéal est particulier à l'Espagne. La pièce qui a pour

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