‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 183 sur 300 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

titre le Médecin de son honneur roule tout entière sur cette préoccupation chatouilleuse qui redoute Tombre même d'un outrage; c est aussi le sujet d'une autre pièce, A seerèu offense, vengeance secrète, drame émouvant et terrible, qui est tout à fait dans les mœurs espagnoles.

Tout pénétré de l'esprit national, Calderon a peine à en sortir, même quand il transporte la scène dans d'autres pays : ce sont toujours les mœurs, les caractères, les cou* tûmes de l'Espagne qu'il représente. Fidèle à la couleur locale quand il s'agit de sa patrie, il ne sait ni la créer, ni l'obserrer, quand il s'agit des autres peuples ; les sujets grecs et romains se transforment chez lui en sujets espagnols. Cette absence de vérité produit aussi le défaut de variété; ses personnages se répètent sous des noms différents; les ressorts sont uniformes : la jalousie, le point d'honneur, sont les mobiles dont il dispose le plus volontiers; mais il faut lui reconnaître une grande habileté pour en tirer des situations diverses et de grands effets de passion.

Sismondi commet une grave erreur quand il soutient que les mœurs du thé&tre de Calderon sont fausses. Qu'elles ne soient pas conformes [aux mœurs modernes, à ceUes de la France et de la Suisse ; que la superstition s'y mêle à la dévotion, le fanatisme à la piété, la férocité à la grandeur héroïque , c'est ce que tout le monde avouera. Mais si Calderon a peint ces mœurs telles qu'elles sont, avec une vérité naïve ou vigoureuse, sans les farder ni les déguiser sous des couleurs de convention, il est absurde de prétendre qu'elles sont fausses, et c'est méconnaître singulièrement les conditions de l'art, qu'il ne faut pas confondre avec les questions de moralité.

Mais où Sismondi a raison , c'est quand il relève chez

Galderon une certaine recherche dans le langage et dans l'expression du sentiment. Le goût des métaphores ampoulées et des antithèses ridicules avait envahi la littérature espagnole sous l'influence de Gongora, comme il avait infecté l'Italie par l'école de Marini. Le clinquant des images, l'expression quintessenciée des sentiments, que l'on a appelés en Espagne le ctJtisme ou le gongarisme, étaient un abus de l'esprit , une mode du temps à laquelle Galderon eut le tort de sacrifier; si l'on peut tolérer ces écarts, tout en les dédaignant, dans un sonnet ou un madrigal, ils font un effet discordant au milieu d'une scène pathétique ; ils en compromettent le résultat en montrant l'esprit là où l'on croyait voir le cœur.

Mais ces taches secondaires et accidentelles disparaissent devant la grandeur de l'ensemble et l'originalité puissante de l'œuvre. Galderon peut être inégal, irrégulier, exagéré par moments, faux quelquefois à la suite de Gongora; il n'en est pas moins un génie dramatique de premier ordre, l'expression la plus complète des mœurs et du caractère espagnols. Il n'y a pas lieu de s'étonner s'il a été jugé diversement par la critique : chacun l'a mesuré à la taille de ses idées, ou de ses préjugés personnels, au lieu de l'envisager en lui-même et dans le milieu où il a vécu. Voltaire n'a vu dans ses pièces que d'insipides grossièretés, lui qui faisait de la chrétienne Zaïre une belle philosophe, et du sultan Orosmane un galant chevalier français.

W. Schlegel , enfiévré de la théorie romantique, a réhabilité Galderon en Allemagne, pour en faire un argiunent à l'appui de sa thèse littéraire; il trouve que chez lui c tout est travaillé avec la plus parfaite habileté, suivant des principes assurés et conséquents, et avec des vues profondément artistes >. Il ne connaît c aucun auteur draina-

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