CHAPITRE HUITIÈME
tique qui ait su comme lui poétiser l'effet , qui Tait fait agir si fortement sur les sens , en le rendant en même temps si éthéré > ; il termine son élogé enthousiaste en disant que Galderon c peut être considéré comme placé sur la plus haute cime de la poésie romantique > . Schlegel a su dominer le préjugé protestant, et juger le poète catholique espagnol au point de vue exclusif de Tart et du génie. Moins large et moins compréhensive est la critique de Sismondi, autre protestant qui ne voit en Espagne que corruption de la religion et du goût, asservissement et tyrannie. Galderon est pour lui « Thomme de la misérable époque de Philippe II, où il n*y avait plus ni vraie vertu ni vraie grandeur. Galderon dépasse le but dans toutes les parties de Tart; la vérité lui est inconnue, et l'idéal qu'il se forme blesse toujours par son peu de justesse*. » Ge jugement étroit a été vivement relevé par Philarète Ghasles, dans une brillante étude sur le drame espagnol, où Galderon est remis à sa vraie place, en tenant compte du milieu où il a vécu, et des hautes qualités dramatiques qu'il a déployées. Il cite et analyse à l'appui trois drames de genres différents, l'un qui touche au point d'honneur, A secrète offense, vengeance secrèle; l'autre qui s'appuie sur le symbole catholique , la Dévotion à la Croix; le troisième qui est surnaturel et mystique, le Magicoprodigioso, légende qui a quelque rapport avec celle de Faust. Les qualités diverses et fondamentales du génie de Galderon sont mises en relief dans cette étude avec autant d'esprit que de verve ; il la termine par ces paroles qui sont comme un jugement définitif très-bien motivé : c Le drame de Galderon est avant tout catholique; il Test profondément, ardemment, avec
* SiBMom», De la littérattare du nUdi de l'Europe, t. IV, p. 120.
abnégation de toute autre prétention, avec une exaltation sérieuse et passionnée... Son œuvre contient tout ce qui peut faire violence à TintelUgence française. G* est une ode plutôt qu*un drame y un roman plutôt qu'une ode, un sermon plutôt qu'un roman , et un symbole plutôt qu'un sermon. Yousdemandez ensuite si, en définitive, lapièceest bonne : question à laquelle il est impossible de répondre... la théologie remporte sur tout le reste. Prouver la nécessité de la grâce , l'impuissance de Thomme , le vide des passions, le néant de l'amour terrestre, c'est tout pour lui. Il devrait, avec de telles données (vous le croyez du moins), être fort ennuyeux; il est sublime. »
Nous devons mentionner, après Galderon, son ami Antonio de Solis (1610-1685), qui s'est distingué dans le genre dramatique ainsi que dans le genre historique. D composa sa première comédie à dix-sept ans, devint historiographe des Indes, et finit par entrer dans les ordres. Ses comédies sont assez régulières, vivement conduites et intriguées avec soin. U varie plus que Galderon les caractères de ses personnages, mais il est loin d'avoir la même force et la même richesse d'imagination ; Y Amour â réprem passe pour sa plus jolie pièce. Mais sa renommée est plus grande comme historien, au moins en Espagne, où son Histoire de la conquête de l* Amérique septentriotude est considérée comme un chef-d'œuvre de diction, un des plus purs modèles de la langue castillane. On lui sait gré de cette noblesse, de cette élégance harmonieuse qu'il a su donner à son style, en échappant au mauvais goût des ornements outrés et des ridicules métaphores dont le culiisme avait consacré l'usage. Mais une critique impartiale doit blâmer dans cette histoire le côté factice d'un récit qui rappelle le drame et le roman; la vérité est sacrifiée