‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 187 sur 300 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

tient à un écrivain longtemps inconnu et méconnu, même en Espagne, à Jean Ruiz de Âlarcon.

Alarcon naquit à Mexico vers la fin du seizième siècle, fit ses premières études dans cette ville, et son cours de droit à Salamanque ; il s'adonna de bonne heure au théâtre, car en 1621 il était déjà auteur de huit comédies, et quelques années après il devint rapporteur au conseil des Indes (1628) : il mourut à Madrid en 1639. A son premier recueil de huit comédies, Alarcon en avait ajouté un autre qui en contient douze. Les premières sont dédiées au duc de Médina de las Torres, qu*il appelle son Mécène ; mais au ton aisé et dégagé de cette dédicace, on peut supposer qu*AIarcon ne se sentait pas dans cette infériorité sociale qui obligeait souvent les poètes à un langage soumis et obséquieux pour obtenir la faveur des grands. On a même cru qu'il était gentilhomme, et qu'il descendait de cette noble famille des Alarcon qui se signala au Mexique, et dont plusieurs membres furent gouverneurs de Cuba.

Quoi qu'il en soit, Alarcon mérite d'occuper une des premières places dans l'histoire du théâtre espagnol, et cette place lui a été longtemps refusée ; on le citait à peine dans les annales littéraires de sa patrie. Corneille ignore son nom, et attribue son Menteur à Lope de Vega ; Voltaire et la Harpe partagent cette erreur; Yictorin Fabre fait honneur de cette pièce à Francisco de Rojas. Ce n'est que depuis peu qu'une critique plus attentive et mieux informée lui a restitué ses titres de gloire, et l'a remis à la place dont il est digne. Selon M. Philarète Chasles, la disgrâce où tomba Alarcon tient à ime difformité naturelle jointe à l'orgueil de son caractère. « Alarcon avait reçu de la nature et de la société plusieurs dons singuliers et disparates, qui se détruisaient mutuellement ; un génie ori-

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ginaU un Tîolent orgueil» une naissance noble, un berceau étranger, une grande distinction de manières et une difformité naturelle. Il était Indien, c'est-à-dire né au Mexique, et Ton sait avec quelle supériorité de dédain les Espagnols ont longtemps traité les enfants de leurs colonies. Alarcon occupait. à la cour de Madrid un poste honorable et surtout lucratif ; il se trouva de niveau avec les plus grands seigneurs du temps, qui devaient mépriser fort du sommet de leur ignorance et de leur fierté castillane un poète, homme de finances, Indien et bossu. Les épigrammes pleuvaient sur lui. c Alarcon, disait-on, prend sa bosse pour le mont Hélicon ; — si sa bosse était grosse comme son orgueil, Pélion et Ossa ne l'égaleraient pas^ » Alarcon, ainsi dédaigné et maltraité, le prit de haut avec ses adversaires et ses rivaux ; il avait fort à faire, car cette espèce de coalition formée contre lui comptait les meilleurs écrivains du temps ; Lope de Vega, Montalvan, Tellez, Gongora, Quevedo l'accablèrent de traits satiriques. Son humeur s'en aigrit, et son dédain s'exhala en termes d'une insolence extrême dans une préface de ses pièces, c Canaille, dit-il au public, béte féroce, c'est à toi que je m'adresse ; je ne dis rien aux gentilshommes, qui s'y con-

naissent assez. Voilà mes pièces : fais-en ce que tu fais des bonnes choses ; sois injuste et stupide à ton ordinaire; elles te regardent et t'affrontent avec mépris. Elles ont traversé tes grandes forêts (le parterre); elles iront te chercher dans tes repaires ; si tu les trouves mauvaises, tant mieux, c'est qu'elles sont bonnes; si elles te plaisent, tant pis ; je me consolerai en pensant que tu les payes. > De telles aménités n'étaient pas faites pour concilier au

* Voir Pbilarète Ch4slbs, Études 9ur VSspagne, p. 8S,

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