‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 195 sur 300 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

adversaire, il se sauva en Sicile et trouva un protecteur dans le duc d'Osufla, vice-roi de ce pays; il devint son conseiller et lui rendit de grands services dans plusieurs affaires délicates; il put, grâce à lui, rentrer en faveur à la cour, avec une pension et le cordon de Saint-Jacques. Mais la disgrâce du duc entraîna la sienne; il subit la prison, puis l'exil, et vécut retiré dans ses terres, où il se consola par la composition de divers ouvrages.

La mort de Philippe III permit à Quevedo de reparaître à la cour; le tout-puissant ministre de Philippe IV, Olivarez, jugea qu'il valait mieux s'attacher un homme de ce talent que de l'avoir pour ennemi. Quevedo se montra reconnaissant de ces avances; il fut bientôt en grande faveur et devint secrétaire du roi ; il aurait même pu être ambassadeur, mais il préféra rester indépendant, tout en consacrant sa plume à la défense du ministre et aux amusements de la cour; c'est alors qu'il écrivit sa spirituelle comédie Au plut fart menteur la guirlande, pièce qui contient contre le mariage d*assez vives épigrammes. Les grandes dames de la cour s'en vengèrent en mariant. Quevedo, qui avait cinquante-deux ans, avec une personne de haute noblesse, laquelle, paralt-il, ne lui donna pas le bonheur.

Mais un malheur plus grave devait empoisonner la fin de ses jours ; ému de la corruption des mœurs, des abus de toute sorte qui entraînaient la société et la monarchie à la ruine, il écrivit au roi une sorte de réclame en quelques strophes, où il traçait en traits éloquents le tableau de cette lèpre qui rongeait l'Espagne. On rechercha l'auteur anonyme de celte audacieuse requête; Quevedo fut dénoncé, enlevé de son domicile et jeté dans un cachot humide où il resta quatre ans, au milieu des

privations et des souffrances. Il obtint enfin sa grâce et reparut à la cour, mais ce fut pour languir et mourir deux ans après des infirmités contractées dans sa prison.

Quevedo a beaucoup écrit, en vers comme en prose; mais il y a un choix à faire dans ses œuvres, qui sont trèsinégales, très-diverses de ton et de manière. Ses poésies, recueillies sous le titre de Parnasse espagnol et divisées en neuf parties en l'honneur des neuf Muses , comprennent des chants lyriques, des satires, des pastorales, des allégories, de nombreux sonnets. Il maniait habilement le genre satirique, et l'a employé plus d'une fois pour parodier les absurdités du gongorisme; mais il tombe trop souvent dans le burlesque. Il y a surtout une verve hardie et véhémente dans ses Visions. A-t-il porté jusqu'à l'excès la mordante hyperbole de Juvénal ? On serait tenté de le croire en voyant l'effrayant tableau qu'il fait de la société et des mœurs de son temps ; mais d'autres écrivains sont d'accord avec lui sur ce triste sujet, et en faisant la part d'un peu d'exagération atrabilaire, il reste encore assez de vérité pénible.

Dans le genre sérieux, Quevedo a composé des ouvrages remarquables : la Vie de saint Paul, la Foriune depemu msonnable, la Vie de Marcus Brutus, la Politique de Dieu; ce dernier, dédié à Philippe IV, est un traité religieux et politique sur l'art de régner, dont les leçons sont tirées de la vie de Jésus-Christ, et les exemples empruntés à l'Écriture. Il y avait dans cet écrivain l'étoffe d'un moraliste et d'un philosophe; mais l'homme d'esprit domine, et la conviction n'est pas assez profonde pour faire arriver l'émotion jusqu'au domaine de l'éloquence; le style luimême, quoique noble, précis et rapide, n'est pas exempt da mauvais goût qui régnait alors en maître. Il a mis plus de

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