CHAPITRE NEUVIÈME
naturel et de vrai talent dans ses Lettres du chevalier de V Épargne, et dans son roman picaresque k Grand Tacano dan Pàblo de Ségovie; c*est là qu'il a semé à pleines mains les bons mots^ les saillies spirituelles, les vives images qui ont rendu son nom populaire et consacré sa réputation de grand écrivain. Moins profond, moins calme, moins maître de lui que Cervantes, il est, de tous les auteurs du siècle, celui qui s'en rapproche le plus comme peintre de mœurs et penseur ingénieux.
Estevan Manuel de Yillegas (1595-1669) n'a cultivé la poésie que dans sa jeunesse, de quinze à vingt-six ans, et s'est borné à suivre pas à pas Ânacréon et Horace, qu'il traduisit et imita avec succès : la grâce de ses modèles a quelquefois passé dans ses pièces, mais on y sent aussi parfois le voisinage de Marini et de Gongora. Le déclin de la poésie espagnole est encore plus sensible dans les Forêts poétiques du comte de ReboUedo, qui eut la singulière idée de mettre en vers la géographie et l'histoire du Danemark, où il avait été ambassadeur; ses Loisirs {Ocios) et ses Madrigaux ne valent guère mieux.