CHAPITRE PREMIER
romaine, essaya de la soutenir, de la raviver, en y sou-^ mettant son peuple; il fut impuissant à cette tftche, et Tarianisme vint paralyser ses efforts. Uinvasion des cruels Lombards (568) compléta la ruine du pays, et deux sièôles de dévastations , de guerres , de fureurs , qui en furent la suite, firent presque disparaître les traces de l'antique civilisation.
c Du cinquième au dixième siècle, dit Sismondi, et d'un bout à l'autre de l'Europe , des races différentes et toujours nouvelles se mêlèrent sans cesse sans se confondre; chaque village , chaque hameau contenait quelque conquérant teutonique, quelques-uns de ces soldats barbares, et quelques vassaux, restes du peuple vaincu... Ignorant les uns et les autres tout principe de grammaire générale , ils ne songeaient point à étudier la langue de leurs ennemis, ils s'accoutumaient seulement à entendre réciproquement le jargon dans lequel ils cherchaient à se rencontrer. »
Ainsi naquirent ces langues composites, mélange de divers idiomes , plus qu moins altérés, selon les éléments qui s'y trouvèrent introduits, et qui forment ce qu'on appelle aujourd'hui les langues néo-latines; l'italien, le français, l'espagnol, le portugais, le valaque, sont les produits de» langues germaniques ou celtiques greffées sur le latin. La langue intermédiaire, le jargon plus ou moins barbare qui parut vers le neuvième siècle dans quelques monuments écrits, et qui était la langue courante du peuple , se nomme le Roman rmtique»
Le latin n'était point mort, il est vrai; il avait une trop puissante vitalité, trop de chefs-d'œuvre littéraires pour tomber dans l'oubli. Il se conserva à l'ombre de l'Église et dans les monastères, derniers sanctuaires des lettres,
respectés par les barbares eux-mêmes, qui furent bientôt soumis au joug de la Foi. En Italie, le latin résista mieux que partout ailleurs à la barbarie de l'inyasion ; cela se comprend; il était sur sa terre natale ; il y avait poussé de profondes racines ; quoique corrompu, on le parlait encore, et il lui fallut plusieurs siècles pour se convertir en un idiome nouveau , plus sembable au latin que les autres langues romanes, et plus propre à servir à une renaissance littéraire. Ce n'est qu'au douzième siècle que la langue populaire parait fixée et définitivement séparée du latin ; le peuple ne comprenait plus la langue antique , et Ton en voit la preuve dans ce fait , qu'un évèque de Padoue était obligé d'expliquer en idiome vulgaire, en italien, une homélie que venait de prononcer en latin l'évêque d'A-
quilée.
Du reste , les deux langues tirèrent simultanément avantage de cette scission définitive. Le latin, devenu la langue de la science, des écoles, des universités, se raviva et s'épura en remontant aux sources, aux chefs-d'œuvre de l'antiquité, tandis que l'italien prit des formes grammaticales plus arrêtées , et se trouva prêt à servir à la poésie , quand il fut en contact avec celle des troubadours de la Provence.
Nous avons dit que l'Église fut la sauvegarde des lettres et des débris de la civilisation antique pendant cette crise de la barbarie qui faillit les emporter : il faut insister sur ce souvenir, et rappeler ces bienfaits du christianisme qui ont été niés par une science étroite et malveillante, héritière des préjugés du siècle dernier. Une critique plus large et plus impartiale a rétabli la vérité, et rendu à l'influence chrétienne l'hommage légitime qui lui revient. M. Guizot a hautement proclamé les services rendus à