‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 20 sur 300 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

très : c*est l'enfer de glace ; il est divisé en quatre fosses , qui portent le nom de Gain , d* Anténor, de Ptolémée , de Judas , les plus célèbres des traîtres. Au milieu d'eux règne Satan , le prince des Enfers , plongé comme eux dans la glace; il a trois faces , trois gueules écumantes, qui mâchent éternellement trois damnés, les plus coupables selon le poète: Judas, traître à son Dieu; Brutus et Gassius, traîtres à l'empire romain. L'épisode célèbre d'Ugolin se trouve dans ce dernier cercle.

Dante a placé Lucifer au fond de l'Enfer, qui forme le centre de la terre. Porté par Virgile, le poète est traîné sur les glaçons jusqu'aux flancs du monstre; là est le centre de gravité du globe; en le dépassant, non sans efforts, leur tête prend la place de- leurs pieds, ils se retournent et montent au lieu de descendre ; ils se trouvent dans l'autre hémisphère ; ils arrivent dans le Purgatoire, figuré par une montagne dont la cime touche le ciel.

Le Purgatoire a la forme d'un cône, mais non renversé conune celui de l'Enfer ; il faut le gravir et non le descendre. On y trouve aussi neuf parties , nombre symbolique : les deux premières servent de lieu d'expiation aux pécheurs dont la pénitence tardive n'a pu s'achever sur la terre ; puis viennent sept zones concentriques , de plus en plus étroites, correspondantes aux sept péchés capitaul; chacun des vices est puni d'une peine correspondant à sa nature : les orgueilleux sont humiliés, courbés sous de lourds fardeaux ; les envieux ont les paupières fermées et comme cousues avec un fil de fer ; leurs tètes sont inclinées ; tout ce qui les entoure a une couleur uniforme, livide. Les irascibles sont plongés dans un noir brouillard ; les paresseux sont poussés à un mouvement continu, à une action incessante; les avares rampent, la

face tournée contre la terre qui fut leur idole ; les gourmands voient, sans pouvoir les atteindre, les fruits délicieux de certains arbres formant une pyramide renversée ^ et une eau limpide coule à leurs pieds sans qu'ils puissent y étancher leur soif. La luxure est expiée dans des flammes ardentes, pendant que des chants pieux font Téloge de la pureté.

Dans celte partie du poème , qui devait être, de sa nature, moins variée, moins intéressante que la première, Dante a su éviter la monotonie par des créations originales, des images, des allégories qui frappent Tattention, des discours, des rencontres, des épisodes qui soutiennent le récit. La poésie n*est ni moins riche ni moins éclatante que dans Y Enfer; elle devient plus douce, plus harmonieuse, comme il convient à l'approche des demeures célestes.

Arrivé au terme de ce second pèlerinage, Dante est abandonné de Virgile, qui ne peut franchir le seuil du Paradis; mais Béatrix lui apparaît; c'est elle qui l'introduit, au moyen d'une force céleste, dans les sphères lumineuses de l'Empyrée. Ces sphères, au nombre de neuf, sont les planètes qui servent de séjour aux bienheureux, selon leur degré de sainteté et de vertu. U passe successivement par ces diverses stations, la Lune» Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter, Saturne, et trouve pour chacune des couleurs nouvelles, des souvenirs puisés dans la vie religieuse et terrestre, qui prouvent une richesse inépuisable d'imagination ; en passant d'une splendeur à l'autre, l'expression ne lui manque jamais, et suit le mouvement ascendant de ces flots de lumière, de ces aspirations idéales qui le conduisent jusqu'au trdhe de l'Ëternel.

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