‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 21 sur 300 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

L*analyse ne peut donner une idée des beautés supérieures répandues dans ces chants, et la lecture fait bientôt tomber le préjugé trop répandu que les deux dernières parties de Isl Dimne Comédie sont inférieures à Y Enfer. Sans doute qu*il était plus facile au poète de peindre la souffrance que la félicité : la gamme des douleurs est bien plus Tariée que celle dç la joie ; elle est plus accessible à nos sens, plus en rapport avec notre condition terrestre; le bonheur n'a qu'une note, et le bonheur infini, celui du ciel , ne peut être saisi par Tëtre borné qui habite la terre, encore moins peut-il être rendu par les faibles expressions que fournit la langue humaine. Ce n'est donc pas le poète qui est inférieur au sujet, mais le sujet qui dépasse, par son infinité, les facultés dont il dispose; or, s'il a su se soutenir à ces hauteurs sublimes de l'idéal entrevu par la foi, cela prouve que son génie a grandi en proportion, au lieu de faiblir comme l'ont prétendu certains critiques. Virgile semble avoir épuisé en quelques vers les ressources que lui offrait l'ÉIysée païen pour peindre le bonheur des justes ; Dante y a consacré tout un poème où abondent les beautés de toute sorte, une éloquence admirable, de ravissantes comparaisons , une magnificence soutenue, une perception tellement sublime des clartés infinies qui environnent la divinité, qu'il la fait saisir par moments avec une sorte d'éblouissement vertigineux.

Après avoir montré, dans la huitième sphère, le triomphe du Christ au milieu des bienheureux, le poète pénètre dans la neuvième, où réside le Dieu trois fois saint.

c De même qu'un éclair subit brise les forces visuelles et rend l'œil impuissant à apercevoir les plus forts objets , ainsi je fus entouré d'une vive lumière, et elle me laissa

iO LITTÉRATURE ITALIENNE.

tellement couvert da voile de ses rayons que je ne pouvais plus rien voir. »

Cette défaillance ne. dure qu*un moment : une parole divine ranime le poëte :

c Et je fus doué d*une vue tellement puissante, qu'il n*y avait plus aucune clarté si pure dont mes yeux ne pussent supporter Téclat.

c Et je vis une lumière qui était comme un fleuve éblouis^ sant de splendeur, entre deux rives émaillées par un printemps merveilleux.

c De ce fleuve jaillissaient de vives étincelles qui se répandaient de tous côtés sur les fleurs , comme des rubis ench&ssés dans Tor.

€ Puis, comme enivrées de ces parfums, elles se replongeaient dans le fleuve admirable, et lorsqu'une y entrait, une autre en sortait... »

c 0 splendeur de Dieu ! par laquelle je fus témoin du

triomphe sublime du royaume de la vérité, donne-moi la force de raconter comme je le vis. »

La milice du Christ lui apparaît sous la forme d'une rose éblouissante de blancheur; des esprits au visage de flamme et aux ailes d'or voltigent alentour comme un essaim d'abeilles autour desfleurs, et répandent, en secouant leurs ailes , la paix et l'ardeur qu'ils viennent de puiser dans le sein de Dieu, et toutes ces âmes ont le regard et l'amour dirigés vers le même but.

a Moi qui venais de passer de l'humain au divin, du temps à l'éternité, et de Florence chez un peuple juste et sage , de quelle stupeur ne devais-je pas être frappé ! Certes, entre mon étonnement et ma joie, j'aimais à ne rien entendre, et à rester muet. »

A ce moment, le poète cherche son guide, saBéatrix;

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