CHAPITRE DIXIÈME
année de cette guerre qui dura treize ans ; encore n'y mit-il pas son nom ; il prit le pseudonyme de CUmeni r Affranchi, éprouvant sans doute quelque honte de publier un ouvrage commandé par un prince dont il était devenu l'ennemi ; il faut dire aussi qu'il n'avait assisté qu'à la première année de la guerre 9 et qu'il préféra ne parler que des événements dont il avait été témoin. Maigre un peu d*enflure dans le style, cette histoire est remarquable par la fermeté de la pensée , le mouvement énergique de la narration ; formé sur les modèles antiques, Melo est un penseur et un écrivain de premier ordre; il surpasse même Hendoza par l'ensemble des qualités qui constituent le véritable historien : l'élévation du caractère , la justesse du jugement, la beauté énergique du style. Il jette de grandes lumières sur le règne misérable de Philippe IV et la triste administration de son ministre Olivarès. Les discours introduits dans le récit à la manière antique sont remarquables par la force de l'éloquence. Longtemps oubliée et méconnue, l'histoire de Melo n'a reparu au jour qu'au commencement de notre siècle.
Les Commentairei de Charles-Quint, attribués à ce souverain lui-même, n'ont pas un caractère suffisant d'authenticité ; le manuscrit sur lequel on les a publiés est écrit en portugais, et non en espagnol; on s'attendait de plus à trouver, sous la plume d'un homme tel que Charles-Quint, quelque chose de moins pÂle et de plus haute portée. Les meilleurs critiques s'accordent à en attribuer la rédaction, au moins en partie, au secrétaire de l'empereur, Van Maie y qui avait toute sa confiance et écrivait sans cesse sous sa dictée. Nous avons de plus les Commentaires des guerres de Charles-Quint en Allemagne, par un de ses favoris intimes, don Luys de Âvila y Zufliga, et VEHsloire m. S6
impériaU, depuis Jules César jusqu'à Maximilien d'Autriche, par le savant Pedro de Mexia; la Vie de Charkt-QuM. par Sandoval; les Guerre, des Payt-Bat, par don Carlos Coloma, qui fut un des meilleurs généraux de Philippe IV. L'Htttoiw det guerret ctoifc» de Grenade, par Diego Pena de Hita, parait avoir été composée d'après les Mémoires de l'Arabe Aben-Hamyn-, l'intérêt en est assez vif, tant au point de vue de la poésie qu'à celui de l'histoire. Tous ces ouvrages, et d'autres encore, d'un mérite secondaire, que nous négligeons, prouvent que le genre historique a eu en Espagne de nobles représentants, dont plusieurs ont su gai-der la dignité, l'indépendance et l'élévation de la pensée au milieu de l'affaissement où tombait la nation sous le ioug d'une oppression systématique.
Parmi les rares mémoires particuUers, qui tiennent de l'autobiographie en touchant de près aux événements publics il n'en est pas de plus curieux ni de plus intéressants que œux d'Antoine Perez (1542-1611), secrétaire d'État de Charles-Quint et de PhUippe H, et victime de la sombre jalousie de ce dernier prince. Son père, Gonzalo Perez, avait possédé la confiance de ces deux souverains; elle passa tout entière à son fils, qui lui succéda dans sa charge de secrétaire du conseil d'fitat. Philippe H, ayant apprécié son intelUgence, son dévouement sans bornes, le faisait confident de tous ses secnîts, exécuteur de ses sinistres volontés. Inquiet des succès de don Juan , le vainqueur de Lépante. et des projets ambitieux de ce prince, dont il avait surpris le secret par la correspondance d'Escovedo, son secrétaire, il donna ordre à Antonio Perex de faire assassiner ce dernier. Escovedo tomba en effet sous le poignard d'un assassm soudoyé. Perez avoue le meurtre et rejette tout sur l'ordre du roi dont il donne la preuve