‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 201 sur 300 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

écrite. Mais la famille d'Escovedo demanda justice et yengeance; Ferez fut accusé , et, en même temps , de singur lières révélations circulèrent dans le public : il s'agissait d'une intrigue secrète dont Ferez était le héros et Fhilippe nia dupe. Dès ce moment, la perte de Ferez fut résolue dans l'esprit du roi ; tout en le ménageant en apparence, par crainte de ses révélations, il lui faisait faire son procès avec l'intention de s'en défaire. Mis à la torture, Ferez déclara que le meurtre avait été commis par ordre du roi, et, gi*Âce au courage héroïque de sa femme, il réussit à se sauver en Aragon. Là, il était sous la sauvegarde ies/ueros de la province, et pouvait trouver un jugement impartial ; il produisit devant le tribunal aragonais les ordres écrits de Fhilippe II et fut acquitté. Le roi, sans tenir compte des privilèges du pays, fit citer Ferez devant le tribunal de l'Inquisition, qui donna l'ordre de l'arrêter. Les Aragonais se soulevèrent en faveur de Ferez, et une armée fut envoyée contre eux. Devant cette lutte inégale, Ferez s'enfuit en France , fut bien accueilli par Henri lY ainsi qu'à la cour d'Elisabeth d'Angleterre. C*est alors qu'il publia son apologie sous le titre de : Relaciones, où il cherchait à justifier sa conduite en dévoilant toutes les noirceurs de celle de Fhilippe IL La vengeance du roi le poursuivit jusque dans son exil ; trois fois il échappa aux sicaires envoyés contre lui. La paix de Yervins ayant réconcilié la France avec l'Espagne, Ferez fut abandonné, perdit sa pension, et mourut à Faris dans la misère.

Telle est la romanesque et singulière histoire qui fait l'objet des Mémoires d'Antonin Ferez. Sans vouloir être écrivain » le besoin de se défendre lui donne une énergie , une verve pleine d'éloquence; le récit de sa grandeur, de sa chute, des angoisses de sa captivité offre le plus vif

intérêt. Cet homme qui lutte contre un roi, contre un tyran tel que Philippe II , tient le lecteur en haleine comme dans les péripéties émouvantes d'un grand drame. S'il a poussé la servilité jusqu'au crime, il se relève par l'expiation dans ses disgrâces» et il cloue au pilori de l'histoire, par un récit terrible et fidèle , le prince qui se jouait sans pitié de la vie et de l'honneur de ceux qui l'avaient servi. On ne peut lire sans émotion ces pages douloureuses où il raconte comment sa femme et ses enfants en bas Age furent jetés en prison après qu'il eut réussi à s'en échapper luimême , et cet appel qu'il fait à la justice divine » dont le jugement final vient toujours reviser celui des hommes quand il consacre l'iniquité.

Les Mémoires de Ferez, traduits en français dès leur apparition, furent lus avec avidité, et eurent même une influence momentanée sur notre littérature. Ce style grave, énergique, sententieux, ces aperçus lumineux sur le monde et la politique , mêlés d'une érudition un peu confuse, plurent à nos écrivains; ils s'animèrent de ce souffle éloquent venu d'Espagne; Balzac s'en est pénétré et Corneille n'y a pas été insensible. Les Lettres d'Antonio Ferez se distinguent par un style aussi varié qu'agréable, et passent pour d'excellents modèles du genre ; les Espagnols les préfèrent même à ses Mémoires.

Antonio de Guevara, évêque de Cadix, fort bien en cour sous Charles-Quint, et mêlé aux grandes affaires de l'état, a laissé des Sermons, des Lettres, et un roman philosophi* que et moral fort remarquable, intitulé f Horloge desyrùir ces. Son héros est Marc-Aurèle, qu'il donne comme un modèle aux souverains; sous un style redondant et emphatique, au milieu d'une érudition confuse et pédantesque, ce livre contient de sages maximes, des jugements solides,

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