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CHAPITRE XI

DIX-HUITIÈME SIÈCLE

Stérilité littéraire. — Dynastie bourbonienne. — Direrses fondations littéraires. — Ignacio de Luzan : sa Poétique. — Mayans y Siscar. — Cadalso. — Iriarte. — Samaniego. — Réaction contre le goût français. — Garda de la Huerta. — Melendez Valdez. ' — Cienfuegos. — Ygleaîas. — Norona. — Trigneros. — Jovellanos. — Diego Gonzalez. — Escoiquiz. — Lista. — Le théâtre. — Candamo. — Montiano. — Horatin le Jeune. — Les prosateurs. — Altération de la langue. — Critique et érudition. — Fegoo : son Théâtre critiqtte et ses Lettres érudites. — Sarmiento. — A. Sancbez. — Les frères Mohedano. — LampiUas. — Nicolas Antonio et Rodriguez de Castro. — Florez. — Pierre-Antoine Sancbez. — Éloquence de la chaire. — Le P. de l'Isla : son Frojf Gerundio. — Masdeu. — José Conde. — Capmany de Montpalau.

Ce n'est pas sans tristesse que l'on aborde la littérature espagnole du dix-huitième siècle; après la richesse et l'abondance des deux siècles précédents» on ne trouve plus que le vide. Telle est l'impression du voyageur qui» ayant parcouru des contrées fertiles» de riches paysages, des forêts majestueuses» entre tout à coup dans un pays désert» couvert à peine d'une maigre végétation qui annonce la stérilité du sol. Nous avons indiqué les causes principales de cette décadence profonde du génie espagnol» dans les lettres comme dans tout le reste. C'est à partir du faible et languissant Charles II que les effets s'en font surtout sentir ; eette nation» naguère la plus puissante du monde» n'offre plus qu'impuissance et décomposition; la sève nationale parait tarie dans sa source; l'imagination tombe dans le

marasme ; la vie publique est éteinte ; un long sommeil s'empare ;de ce peuple qui avait rempli les deux mondes de son activité, de ses conquêtes, des vastes entreprises de sa remuante ambition : ainsi s'épuisent les forces vives d'un peuple, comme celles d'un homme, quand il en abuse par d'excessifs efforts.

Louis XIV, en acceptant la succession d'Espagne, à la mort de Charles n (1700), pour son petit-fils Philippe V, fut bientôt obligé de le soutenir contre l'Europe coalisée; il faillit y perdre sa propre couronne; mais la paix d'Utrecht, en consolidant la nouvelle dynastie bourbonienne en Espagne, permit à ce pays de respirer et de réparer ses ruines. Il y eut un mouvement de réveil national dont la littéralure profita quelque peu sous l'influence de Fesprit français; mais l'épuisement était tel, qu*il n*en sortit rien de remarquable : cette inoculation tardive ne put arrêter le mal, ni rendre des forces au génie éteint de la nation.

Philippe V, par sa gravité, sa bravoure et sa piété profonde, plut à la nation espagnole; mais il avait peu de goût et de connaissances ; son influence personnelle fat nulle sur la littérature ; il l'encouragea néanmoins en ce qu'il put. Sous ses auspices fut créée, en 1714, ï Académie de la langue, sur le modèle de l'Académie française; elle fut chargée de composer un dictionnaire, une grammaire, et de décerner des prix aux auteurs des meilleurs ouvrages. Une Académie d'histoire fut établie plu§ tard et rendit de grands services par la recherche et la publication des documents historiques. La création de la BiNkh thique royale, du Séminaire det nobles, et de divers établissements d'instmction publique, témoigna de la sollicitude du gouvernement pour les progrès de l'intelligence :

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s'ils furent lents et incomplets, c'est que la semence tombait sur un sol mal préparé pour faire germer et produire. Le cardinal Alberoni, esprit remuant et audacieux, devenu premier ministre de Philippe Y en 1717, essaya de relever l'Espagne de son apathie et de ses ruines ; mais il échoua pour avoir voulu trop entreprendre, c L'Espagne, disait-il, est un cadavre à qui j'avais rendu la vie ; à mon départ, il s'est recouché dans la tombe. »

L'esprit français, la littérature, les modes de la France, pénétrèrent peu à peu en Espagne avec la nouvelle dynastie ; mais cette influence se borna à la cour et à une portion restreinte du public; elle n'atteignit pas le peuple, et il faljut un édit royal, en 1765, pour lui interdire le^ comédies sacrées, dont il avait conservé la passion. Il y eut bientôt deux partis, deux écoles en présence. Tune qui suivait l'imitation française, et l'autre qui voulait rester fidèle à la littérature nationale; mais comme des deux côtés le génie manquait aux écrivains, le résultat fut à peu près nul, et il n'y eut pas de victoire.

Le fondateur de l'école française fut un membre de l'Académie, conseiller d'État et ministre du commerce, don Ignacio de Luzan (1702-1754). Élevé en Italie, il avait été secrétaire d'ambassade en France, et possédait des connaissances très-variées, beaucoup d'érudition, un goût délicat, exempt de préjugé national. L'étude qu'il avait faite d'Aristote et de Gicéron devait le dégoûter des extravagances du cultisme ; il fut séduit en même temps par reliante correction des poètes français, et c'est ainsi qu'il fat conduit à composer sa Poétique, qui devint le code littéraire de la nouvelle école classique. C'est une œuvre remarquable par la solidité du goût et la fermeté du jugement, mais plutôt faite, comme toutes les poétiques, pour

former des versificateurs que des poètes. Que peuvent les règles sans l'inspiration? UArt poétique de Boileau n*a pu élever sa verve lyrique au dessus de VOie sur la prise de Namur; Luzan a composé, avec tout aussi peu de succès, une Ode sur Tattaque d*Oran par les Mores. Il définit la poésie c une imitation de la nature en général, imitation dont les vers sont le moyen, et dont le but est le plaisir ou Tutilité, ou tous les deux ensemble » . Il veut ramener les poètes aux unités d*Arislote, et juge, d'après ces principes, les œuvres de Lope de Yega et de Galderon, dont il relève les défauts sans tenir assez de compte de leurs qualités. Les théories de Luzan, toutes factices et contraires au génie national, n'eurent qu'un moment de vogue, et ne furent d'aucune utilité.

C'est encore Aristote qui est le guide de Gregorio Mayans y Siscar, dans sa Rhétorique et ses divers morceaux de critique littéraire; néanmoins, dans ses Origines de U langue espagnole, on trouve un fort bon Discours où il exhorte les écrivains à ne pas abandonner la véritable éloquence nationale.

Don José Cadalso (1741-1782), élevé à Paris, fort versé dans les langues anciennes et étrangères, était un homme de goût et de talent; il pouvait donner à sa patrie un vrai poète, s'il n'eût été tué à quarante et un ans au siège de Gibraltar. Il écrivit des Lettres marocaines, pour faire pendant aux Lettres persanes; mais il ne peut soutenir la comparaison avec Montesquieu. Il y a pourtant quelque chose d*ingénieux et de piquant dans sa satire en prose Us Érudits à teau de rose [Eruditos à la violeta), et une grâce naturelle dans ses poésies anacréontiques.

Don Tomas de Iriarte (1750-1791), grand archiviste du conseil suprême, composa des comédies, un poème sur U

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