CHAPITRE ONZIÈME
Musique et des Fables dont la morale vise surtout à une application littéraire; ce sont des conseils donnés aux écrivains sur la forme de Tapologue; la naïve simplicté qui convient au genre est bien observée; on volt qu'il a pris pour modèles Ésope et la Fontaine; mais les sujets de ses fables sont généralement de son invention.
n y a peut-être plus d'abandon, de grâce et de finesse dans les fables de Samaniego, rival d'Iriarte ; elles ont un intérêt plus général, une moralité moins restreinte, et elles sont restées classiques dans les écoles; quoique loin de notre la Fontaine, il en rappelle quelquefois le trait satirique et malicieux.
Cependant la réaction classique due à l'imitation française ne s'établit point sans contradiction; elle trouva des adversaires dans les admirateurs du passé, dans les partisans de l'originalité nationale. Cet orgueil n'avait rien que de très-légitime ; seidement il aurait fallu le soutenir par des créations neuves, vigoureuses, dignes de la cause qu'ion voulait faire triompher; mais l'impuissance était égale des deux côtés.
L'adversaire le plus passionné de l'école française fut Viccnte Garcia de la Huerta (1729-1797), bibliothécaire royal et membre de l'Académie. Il mit plus d'ardeur dans ses attaques contre les galUcistes que de talent et de discernement au service de la cause patriotique dont il était le champion. Il publia une collection des anciens drames et ^es vieilles poésies qui ne brille pas par le choix; ses poésies personnelles, sonnets, romances, iglogues, sont de médiocre valeur; mais il réussit à faire applaudir par toute l'Espagne sa tragédie de Raehel, pièce intéressante, régulière, bien conduite, d'un style noble et pur. Ce qu'il y a de singulier, c'est que ces qualités sont dues précisé-
ment à Finfluence qu'il voulait combattre ; Huerta se pliait malgré lui aux règles du goût moderne importé de la France , et il en donna une nouyelle preuve en traduisant la Zaèire de Voltaire. L'esprit nouveau et une tendance à la conciliation s'imposaient même aux chefs d'école.
On en voit encore une preuve dans les écrits de Juan Melendez Yaldez (1754-1817), qu'on a surnommé le restaurateur du Parnasse espagnol, et qui y occupe la première place à la fin du siècle. U joint Tèlégance moderne à l'ancien style national; il y a beauconp d'harmonie et de douceur dans ses odes anacréontiques, ses romances, ses épttres, ses chansons; Bouterweck l'appelle le poète des gr&ces, et s'étend beaucoup sur son mérite ; mais ce mérite est plutôt dans la forme, et la vraie poésie se reconnaît à d'autres caractères. Melendez avait embrassé la cause de Joseph Bonaparte et occupé sous ce règne le poste de directeur de l'instruction publique. Les revers de TËmpire l'obligèrent à émigrer en France, et il mourut à Montpellier.
Cienfuegos (1764-1809) fut disciple et ami de Melendez, mais il se montra hostile à l'occupation française, l'attaqua par ses écrits, et participa même à l'insurrection de Madrid en 1808. Condamné à mort de ce chef, il fut transporté en France, et y mourut presque aussitôt, à Orthez. Il avait pourtant chanté dans une Ode le général Bonaparte, mais à une époque où l'Espagne ne pouvait prévoir son ambition envahissante. Ce poète avait du feu et de la passion, mais son style a plus de force que d'élégance. Ses pièces de thé&tre, Jdoménée, Zcraide, PUUicus, et sa comédie les Sœurs généreuses, ne s'élèvent pas au-dessus de la médiocrité; elles furent éclipsées par la Rachel de Huerta.
José de Yglesias (1753-1791) fut aussi ami et imitateur