CHAPITRE ONZIÈME
de Melendez; avant d'entrer dans les ordres, il composa des poésies légères, spirituelles, mais trop libres. Depuis, sa muse prit un ton plus grave et plus réservé ; il fit un poème sur la théologie; ses Éghgues ont contribué plus que tout le reste à sa réputation.
Rien de bien saillant, comme on le voit, dans toute cette période poétique ; le dix-huitième siècle est le plus pauvre en littérature qu*ait en TEspagne. L'esprit philosophique de Yollaire, en pénétrant dans les classes lettrées, n'étaif pas fait pour susciter des poètes de génie. Nous aurons tout dit quand nous aurons cité le comte de Norona , ambassadeur à Saint-Pétersbourg, qui occupait ses loisirs à la poésie; Trigueros, auteur de divers poèmes philosophiques; Jovellanos; Diego Gonzalez; Escoïquiz, dont le poème épique, la Conquête du Mexique, excita un moment l'attention; Alberto Lista, à la fois poêle, professeur et critique ; il dirigea le collège de San Mateo , où se formèrent les meilleurs écrivains de l'Espagne moderne.
Le thé&tre ne nous occupera pas plus longtemps; la puissance créatrice lui manque comme au reste. Déjà nous avons cité les pièces de la Huerta et de Cienfuegos , qui comptent parmi les meilleures dans ce temps de pauvreté dramatique. Gandamo fut pensionné par Charles II et écrivit pour le théâtre de Madrid; on ne cite guère de lui que YEiclave aux chaînes iw^ sujet pris dans l'histoire de Trajan. — Montiano ne fut pas heureux dans ses deux tragédies en vers blancs, Ataulfe et Virginie, quoique le Père Isla l'ait décoré du titre pompeux de Sophocle espagnol. On eut beau traduire et imiter les belles œuvres du théâtre français, se régler d'après l'i^r^ poétique de Boileau, on ne parvint à produire aucune œuvre capable d'émouvoir et de jQxer l'attention. Lope de Yega et Calderon
furent yengés du dédain qu'on professait pour leurs œuvres, par Fimpuissance de rien faire qui pût leur être comparé.
Le théâtre comique fut moins stérile; il trouva un digne interprète dans Leandro Fernandez Moratin (1760-1828), dont le père, Nicolas Moratin, avait eu lui-même quelque succès au théâtre. Moratin le Jeune suivit les modèles français et ne perdit pas de vue Molière. Ses cinq pièces originales sont : le Vieillard et la Jeune Fille, le Café, le Baron, la Jeune Hypocrite, le Oui des jeunes filles. Ces deux dernières comédies sont charmantes, et touchent à la per- . fection. Le Oui des jeunes filles fut même traduit en français et joué à Paris. La pièce du Cafi contient de vives satires contre le mauvais goût qui régnait alors au théâtre; elle contribua à en préparer la réforme. Moratin a de Tesprit, de la finesse; il sait choisir ses sujets et en tirer parti; mais il lui manque la force comique sans laquelle on n'atteint pas le sommet de Tart. Il fit une traduction libre de YÉcole des Maris et du Médecin malgré lui; de plus, il rendit un grand service à l'histoire littéraire de son pays par ses Origines du théâtre espagnol, ouvrage très-estimé. Moratin était directeur de la Bibliothèque royale de Madrid ; s'étant rallié au roi Joseph Bonaparte, il fut chassé à la Restaiuration , et mourut à Paris.
La prose, au dix-huitième siècle, suivit la même pente qui avait entraîné la poésie dans les excès du mauvais goût; à force de rechercher l'esprit, le faux brillant, le pathos amphigourique, on arrivait à ne plus se faire comprendre. Pourtant l'excès même amena une réaction; quelques esprits raisonnables firent appel à la raison, au bon sens méconnu. L'Académie de Madrid rendit des services par ses travaux de philologie et de bibliographie,