‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 207 sur 300 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

de même que par les prix qu'elle décerna à l'éloquence. Elle fit faire aussi de belles éditions des grands écrivains, qui ne furent pas sans influence sur le public.

Cependant la Tieille langue espagnole avait reçu de telles atteintes qu'elle tendit à se transformer. Le goût moderne, et surtout l'influence française, contribuèrent fortement à l'altérer; l'ancienne construction fit place à une phrase plus simple, plus claire, plus logique; mais ce n'était plus la vieille langue nationale, celle de Cervantes, de Mendoza et de Mariana. Cette altération a prévalu dans l'usage et domine encore aujourd'hui.

La critique et l'érudition firent pourtant des progrès assez sensibles. Un savant bénédictin, Jérôme Feyjoo (1701-1764), fit paraître son Théâtre critique universel, qui fut suivi des Lettres érudites et instructives, fruit de quarante années d'études sur toutes les branches des connaissances humaines. Observateur habile et judicieux, sachant s'élever au-dessus des préjugés et des erreurs, le P. Feyjoo combat l'ignorance et poursuit la recherche de la vérité avec un zèle infatigable et une éloquente vigueur : littérature, morale, philosophie, politique, histoire, sciences exactes, il embrasse tous les sujets, et y porte la lumière de la discussion et de la critique avec un large esprit d'indépendance et souvent une véritable profondeur. Aucun écrivain n'a rendu plus de service à son pays, en dissipant ce nuage épais d'ignorance et de préjugés qui obscurcissait les intelligences. Un autre bénédictin, Martin Sarmiento (1692-1770), suivit la même voie, en prenant la défense du Théâtre critique de Feyjoo dans son Apologie, qui est comme la continuation de ce précieux monument littéraire. Il publia aussi des Mémoires sur Vhistoire de la poésie et des poètes espagnols,

iO% LITTÉRATURE ESPAGNOLE.

La ColkcUtm des poésies casiUlanes antérieures au qwnsième siècle est aussi un travail remarquable d'érudition , da au savant bibliothécaire des rois Charles III et Charles IV, Thomas Antoine Sanchez (17321798) ; il y Joignit des NoUs qui en augmentent de beaucoup Timportance, par les lumières qu'elles jettent sur les origines obscures de la langue et de la poésie castillanes.

Deux frères, Pedro et Raphaël Hohedano, tous deux religieux du tiers ordre de Saint-François » entreprirent de faire pour l'histoire littéraire de leur pays ce que les bénédictins ont fait pour celle de la France; ils voulaient y comprendre les lettres et les sciences : projet trop vaste pour la vie de deux hommes; aussi leur Histoire iitiérant d'Espagne, dédiée à Charles m, s'arrête, avec le dixième volume y à Pomponius Mêla , c'est-à-dire au premier siècle de notre ère, au milieu de la période latine. Les origines espagnoles y sont bien élucidées, mais il eût mieux valu moins de détails et de digressions sur ces temps primitifs, pour arriver plus vite aux époques rapprochées de nous.

Un savant jésuite espagnol, François-Xavier Lampillas {1739-1798), écrivit en six volumes, sous le titre de Saggio storico, une histoire apologétique de la littérature espagnole ^ pour la défendre contre les attaques souvent injustes de Bettinelli et de Tiraboschi. Il démontre que l'Espagne n'est pas restée en arrière des autres nations dans le domaine des sciences et des lettres, qu'elle les a même parfois devancées, et que l'Italie y a puisé plus d'une heureuse inspiration. Cet ouvrage, fort bien écrit, donna naissance & une polémique soutenue par d'autres jésuites espagnols, retirés, comme Lampillas, en Italie, après la suppression de leur ordre ; ils contribuèrent à détruire

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